Aider les familles pour aider les enfants
Les familles sont le plus souvent très désireuses d’envoyer leurs enfant à l’école, les filles comme les garçons. Mais elles ne peuvent pas toujours se passer du revenu que ceux-ci leur procurent quand ils travaillent, aussi faiblement payés soient-ils.
Une cinquantaine d’enfants, choisis en raison de leur pauvreté et aussi de leurs capacités intellectuelles, en bénéficient par village et pour une durée de cinq ans. Ils continuent à vivre chez eux, mais leurs parents s’engagent à les scolariser et renoncent à les astreindre à un travail rémunérateur. En échange, BST leur verse une petite allocation mensuelle (pour frais d’équipement scolaire) et surtout leur offre deux veaux en cours de programme.
BTS ne disposant que d'un seul village de filles pour sept de garçons, n’a que peu de places d’hébergement à offrir aux adolescentes. Par compensation, le programme de soutien familial bénéficie presque exclusivement aux filles qui peuvent ainsi poursuivre leurs études tout en restant domiciliées chez leurs parents. Les parrains des enfants engagés dans le programme de lutte contre le travail des enfants par le soutien de leurs familles, reçoivent régulièrement des nouvelles de leurs filleul(es) et de leurs communautés. Ces compte-rendus sont rédigés par des bénévoles britanniques, membres de la Joe Homan Charity, JHC, l’association sœur de BTS. Je me suis jointe à eux en ce début d’année 2007. Accompagnée par un interprète, je me suis donc rendue dans quatre villages et j’ai également visité le bidonville de Madurai. A chaque fois, nous avons rencontré les enfants bénéficiant du programme, leurs parents et les chefs d’établissement.
Précocement vieillies, desséchées par le soleil, leurs mères le disent : « Les terres que nous cultivons ne nous appartiennent pas. Nous ne possédons rien. Pour échapper à la misère, nos enfants - nos filles - doivent aller à l'école, le plus longtemps possible !" Une page est en train de se tourner. La plupart de ces femmes sont analphabètes et se sont mariées précocément. Grâce au programme de soutien familial, leurs filles – de belles adolescentes – sont encore scolarisées. Elles auront la possibilité d’acquérir une formation professionnelle. Angalaskshmi, une femme d’une quarantaine d’années, exprime sa fierté : « Ma dernière fille, dit-elle, a 17 ans. Elle est en terminale et en tête de classe. C’est la première femme de notre famille à poursuivre des études. Moi, je ne sais pas lire. Je ne peux même pas signer mon nom, j’ai besoin d’un tampon encreur ». Le visage d’Angalaskshmi est illuminé d’émotion : « Je ferai tout, poursuit-elle, pour que Nagalaskhmi ait un métier". La jeune fille prend la parole à son tour. Elle espère, dit-elle, entamer des études universitaires de mathématiques dès l'année prochaine. Sans le programme, elle travaillerait pour gagner sa vie depuis plusieurs années. Cela a été dur mais elle a réussi ! Bien entendu, toutes les compagnes de Nagalakshmi ne sont pas aussi brillantes. Toutes auront cependant vécu une adolescence « normale », avec les soucis et les plaisirs ordinaires de collégiennes puis de lycéennes. Quels que soient leurs résultats scolaires et leur éventuel avenir professionnel, elles seront mieux à même d’aider leurs propres enfants. Environ 470 jeunes filles sont aujourd’hui prises en charge par un programme CLP. Celui-ci est cependant en cours d’abandon progressif pour tenir compte de l’effort entrepris par le gouvernement indien contre le travail des enfants. Un nouveau programme, non encore finalisé, visera toujours à aider les familles, mais aussi les écoles, pour le bénéfice de tous leurs élèves. Il va de soi que les enfants actuellement engagés dans le programme seront suivis normalement jusqu’à terme. |