Les enfants du bidonville aussi
Depuis trois ans, la Boys Town Society, BTS, expérimente au sein du bidonville de Madurai son programme de lutte contre le travail des enfants. Pourquoi le « Child Labour Prevention Scheme », CLP, qui a si bien réussi à la campagne, ne pourrait-il pas, en effet, être appliqué en ville avec le même succès ?
Les adultes sont généralement balayeurs ou égoutiers… des métiers méprisés qui ne leur apportent aucune perspective, ni satisfaction. Ils sont si pauvres qu’ils ont accès à des magasins d’Etat où acheter du riz, de l’huile, du kérosène (pour les lampes) à prix subventionnés. Cinquante familles, parmi les plus misérables, ont été sélectionnées avec l’aide des Ces enfants nous les avons rencontrés. Ce jour là, ils étaient 14 garçons et filles, tous élèves de 5ème. Ils ne portaient pas l’uniforme, mais s’étaient manifestement mis sur leur « trente et un » pour aller en classe. Particulièrement éveillés, ils disaient bruyamment leur bonheur d’avoir été choisis. Sans le programme, ils travailleraient déjà comme vendeurs dans la rue ou dans une boutique ou encore chez un grossiste… Ils sont d'ailleurs bien conscients que leurs amis les envient. Que font-ils quand ils ont du temps libre ? Et bien, ils jouent entre eux, discutent, se rendent visite… Ils vivent, de ce point de vue, une enfance normale. Ce n’est pas le moindre succès du programme.
Au premier coup d’œil pourtant, à la netteté de leur tenue et à leur évidente confiance en soi, on voit qu’elles vont bien. Elles sont en troisième et rêvent de devenir fonctionnaires ou plus précisément enseignantes. Un métier d'avenir en Inde. Leurs familles placent beaucoup d’espoir en elles. Elles ne sont pas les seules à s'être transformées en reprenant leurs études. Les mères du quartier disent avoir vu leurs enfants progresser depuis trois ans et le début du programme. Non seulement ils sont heureux d’aller à l’école mais ils sont également fiers des petites entreprises lancées par leurs parents. Du coup, l’ambiance en famille est meilleure. L’espoir renaît. Les mères elles mêmes se sont organisées en groupes de solidarité (« self support L’objectif du programme est aussi de rendre ces familles moins vulnérables. Le jour de notre visite, les habitants craignaient que certaines de leurs maisons ne soient démolies pour permettre la construction d’un pont. Aucun dédommagement ne leur serait a priori proposé. Elles réclamaient le soutien de la Boys Town Society. A court terme et face à cette menace précise, l’action de BTS sera peut-être limitée. Mais en permettant aux enfants d’aller à l’école, d’apprendre un métier, l’association parie sur l’avenir, donne une chance à la nouvelle génération d’échapper, grâce à l'instruction, à la précarité. |