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Le bracelet de la reine

par Nicolas et Sébastien Dreyfuss, 12 et 11 ans.

 

Louis XIII fit mander d'Artagnan par son serviteur Michon. Celui-ci se rendit immédiatement au quartier des mousquetaires du roi.

- D'Artagnan, je veux voir d'Artagnan, tout de suite, ordre du roi!
- D'Artagnan!
- D'Artagnan! D'Artagnan!

Tous les soldats appelaient leur compagnon. Celui-ci sortit enfin, avec flegme et insouciance, de la salle d'armes:

- Que me veut-on? Mon brevet de capitaine est-il arrivé?
- Par ordre du roi, suivez-moi, intima Michon.
- Par ordre du roi, par ordre du roi? et Monsieur le Comte de la Trimousse qui m'attend.

D'Artagnan s'imagina l'élue de son coeur, la douce Madame Bonacieux, le guettant impatiemment, et s'inquiétant de son retard. Néanmoins, ordre du roi, ou espoir de recevoir son brevet, il suivit le messager jusqu'au palais royal.

D'Artagnan fut immédiatement introduit. Louis XIII, le père du roi qui avait failli attendre, attendait, visiblement tourmenté. Quelles émotions agitaient donc ce coeur, habituellement de pierre? Le grand roi Louis XIII était amoureux. Toutes ses pensées convergeaient vers la belle et jeune reine du Danemark, brièvement entrevue lors d'une récente cérémonie. Mais comment faire parvenir à l'objet de ses voeux un présent et un billet enflammé? Il lui fallait un serviteur fidèle, courageux et dévoué. En effet, la reine du Danemark haïssait Richelieu, qui pouvait craindre qu'elle ne dressât son futur royal amant contre lui. Aussi le messager devait-il s'attendre à voir retomber sur lui l'ire du prélat. Désespérant de trouver l'homme de la situation, le roi avait soudain pensé à d'Artagnan, son brave lieutenant des mousquetaires. Ce fut donc avec une grande courtoisie que sa Majesté accueillit son sauveur:

- Monsieur d'Artagnan, commença-t-il, je vous ai fait mander pour une affaire de la plus haute importance.
- Je vous écoute, Monseigneur.
- Je souhaite conclure une alliance secrète avec le Danemark. Vous serez mon ambassadeur auprès de sa majesté, la reine Sigrid. De grands intérêts sont en jeu. Acceptez-vous?
- Les désirs du roi sont des ordres, répondit simplement d'Artagnan.
- Bien. Vous remettrez cette cassette à la reine en mains propres. Il y a réponse. Maintenant faites diligence. Secret absolu sur votre voyage. Votre brevet de capitaine en dépend.

Et il lui remit un coffret qui contenait un bracelet serti d'opales aux nuances extraordinaires, de saphirs magnifiques et de diamants somptueux, ainsi qu'un billet passionné.
- Voici également un laissez-passer signé de ma main et une bourse pour vos frais de route.

D'Artagnan s'inclina respectueusement et quitta le Louvre. Il s'en retourna chez lui, envoya son laquais Planchet prévenir Madame Bonacieux de son absence prolongée en raison d'une indisposition sérieuse, puis fit ses préparatifs de voyage. Au retour du domestique, les deux hommes enfourchèrent leurs chevaux et partirent en direction de la barrière Saint-Denis.

Ils chevauchèrent jusqu'à la tombée de la nuit et s'arrêtèrent à l'Auberge du Dragon Rouge, au nord de Chantilly. Ils soupèrent copieusement et dormirent profondément. A l'aube, Planchet réveilla son maître et ils se remirent en route. Ils arrivèrent bientôt à une fourche du chemin. Ne sachant quel embranchement choisir, d'Artagnan décida d'interroger des paysans travaillant dans un champ touffu. Il s'avança donc vers eux, et, poliment:

- Pourriez-vous m'indiquer la route de Laon?
- Bien sûr, répondit l'un des travailleurs, prenez à droite.
- Merci, voilà une livre pour la peine.
- Son Excellence est trop bonne.

Le mousquetaire tournait bride lorsqu'une détonation retentit dans son dos et que son cheval tomba, blessé à mort. D'Artagnan sauta prestement à terre et se retourna. Devant lui se tenaient, à la place des trois paysans, dix hommes armés de pied en cap. Il sortit ses pistolets, aussitôt imité par Planchet. Le maître et le valet tirèrent huit coups. Huit bandits tombèrent. Les deux derniers se ruèrent sur d'Artagnan, l'épée au poing. Au terme d'un combat acharné, il les tua tous deux. En les fouillant, d'Artagnan trouva avec étonnement un billet émanant de Richelieu précisant sa description et intimant l'ordre de le mettre hors d'état de nuire. Avec regret, d'Artagnan comprit qu'il aurait dû interroger l'un de ces mercenaires avant de les envoyer tous au Ciel? ou, plus vraisemblablement, en Enfer. Le lieutenant sauta sur le cheval de son laquais qui monta en croupe.

Ils arrivèrent sans autre incident à Compiègne où ils se restaurèrent et achetèrent deux nouveaux chevaux, celui du domestique étant fourbu. Au sortir de l'auberge, leur hôte, accompagné de quelques soudards, les attaqua. D'Artagnan et son laquais eurent tôt fait de les envoyer dans l'autre monde. Malheureusement, Planchet eut la tête fendue d'un coup de hache et dut rester chez un paysan qui accepta de le soigner. En examinant les armes de ses agresseurs, d'Artagnan vit qu'elles étaient de mauvaise facture. Sans doute s'agissait-il de malheureux, qui, remarquant la bourse bien garnie du mousquetaire, avaient décidé de se l'approprier. Cette fois, d'Artagnan se retrouvait seul avec, peut-être, des espions à ses trousses. Que contenait donc le précieux coffret confié par Louis XIII? Pourquoi le roi s'adressait-il à Sigrid plutôt qu'à son royal époux? Quelles surprises lui réservait encore Richelieu?

Laissons notre héros franchir la Belgique à toute bride et voyons ce qui se passait à Paris, dans un petit cabinet de la rue des Bons Enfants. Un homme, de taille moyenne, aux cheveux et à la moustache grisonnants, aux yeux perçants et au front large, se tenait debout devant une table, une missive à la main. Cet homme, c'était Armand-Jean Duplessis, plus connu sous le nom de Cardinal de Richelieu. Ses traits exprimaient la plus vive colère. Il venait de lire les mots suivants:

"D'Artagnan sauf, dix hommes tués à Laon".

Le cardinal hocha la tête; ainsi donc, son informateur Michon avait dit vrai : d'Artagnan s'était vu confier une mission secrète par le roi et se dirigeait vers le nord. Mais quels étaient les motifs et la destination de ce voyage? Belgique, Hollande, Danemark? Belgique, Hollande, Danemark? Belgique, Hollande, Danemark? Tout à coup, un éclair de compréhension illumina son esprit. Il se souvint du regard enamouré de Louis XIII quand Sigrid, la ravissante reine du Danemark, avait paru. Il comprit qu'il tenait là la clef de l'énigme; il en mesura immédiatement les dangers pour la France? et pour lui. Il lui fallait coûte que coûte arrêter l'avancée du messager. Heureusement, la lettre précisait que son sbire avait décidé de ralentir d'Artagnan en attendant de nouveaux ordres. Le cardinal griffonna quelques mots et glissa à l'oreille de son âme damnée, Rochefort, ses consignes.

Retournons auprès de notre héros. Nous l'avions laissé à Compiègne. Nous le retrouvons entre Liège et Aix-la-Chapelle, bien décidé à filer au plus vite vers Hillerød, la demeure d'été de la famille royale danoise. A la nuit tombée, il fit halte à l'auberge "Der grüne Drache". Epuisé, tombant d'inanition, il confia sa monture au garçon d'écurie, mangea d'un appétit d'ogre et s'endormit comme une masse. Au chant du coq, d'Artagnan sauta au bas du lit, déjeuna à la hâte, et se précipita dans l'écurie. Ô stupéfaction, l'écurie était vide; tous les chevaux avaient disparu.

- Gast, hurla notre voyageur, mein Pferd!
- Was ist los?
(- Aubergiste, mon cheval!
- Qu'y a-t-il?)

Et l'aubergiste expliqua à d'Artagnan que son cheval, subitement malade, avait succombé pendant la nuit. Aucun autre animal n'était disponible à dix lieues à la ronde. D'Artagnan, qui avait laissé un cheval en pleine santé, comprit qu'il était de nouveau victime d'un traquenard, organisé depuis la capitale. Après d'infructueuses recherches, il vola une mule - au nom du roi de France, tout était permis. Quelques heures plus tard, il arriva dans un village où il put obtenir un meilleur destrier. Mais que de temps perdu!

Il poursuivit son voyage sans encombre jusqu'à Hambourg. Là, il fut confronté à une nouvelle embûche: le conducteur du bac qui permettait de traverser l'Elbe avait disparu depuis la veille; personne n'était capable d'assurer ses fonctions; il fallait attendre plusieurs semaines qu'un remplaçant n'arrivât. Le fleuve en crue semblait infranchissable. En désespoir de cause, d'Artagnan abandonna son cheval et, au risque de sa vie, plongea dans les eaux grossies. Après des efforts surhumains, transi de froid, il parvint à gagner l'autre rive, où il s'évanouit d'épuisement. A son retour à la vie, grelottant, affamé et exténué, il vérifia que le coffret du roi était toujours en sa possession, et entra dans une taverne. Il se sécha et reprit des forces. Il se sentait à la fois très près du but, et si loin encore. Etait-il toujours espionné? Ses mésaventures étaient-elles le fruit du hasard, ou, au contraire, l'oeuvre de Richelieu?

Le doute dans le cœur, d'Artagnan repartit vers le littoral. Arrivé à Kiel, il s'embarqua pour le Danemark. Une nuit, alors qu'il déambulait sur le pont, laissant éclater son désarroi, il entendit le bruit d'un pistolet qu'on arme. Il se jeta à terre. La balle passa en sifflant au-dessus de lui. Il se releva promptement et vit, l'encerclant, une cinquantaine d'hommes. Alors commença une lutte terrible. D'Artagnan se battait comme un démon, mais ses adversaires étaient trop nombreux. Pour esquiver un mauvais coup, le mousquetaire fit un bond impressionnant. La précieuse cassette, qu'il avait toujours gardée sur lui, fut éjectée et disparut dans les flots glacés de la Baltique. D'Artagnan s'élança aussitôt et …

- Mon chéri, réveille-toi, c'est l'heure!

J'émergeai péniblement. A mon grand désappointement, je ne sus jamais si Sigrid reçut son merveilleux bracelet.

 


 

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