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Templemar

par Christiane Blanc

 

Chapitre 4

Pas un pouce de votre corps…

 

 

Les deux jeunes filles se tenaient assises face à face sur le lit, une boîte d’oublies ouverte sur la courtepointe.

Il faisait un peu frais. Aucun feu ne réchauffait la pièce. Enroulées chacune dans un châle, le dos calé sur des carreaux grenats, elles conversaient en chuchotant.

- J’avais en moi un terrible pressentiment lorsque j’ai été mandée chez mère Béatrice! La peur de devenir moi aussi religieuse me faisait trembler les genoux!

- De grâce Claudette…

- Lorsque je suis entrée dans le bureau, occupée à saluer mes parents, je n’avais pas remarqué cet homme. Il m’observait caché dans une encoignure de la pièce…! Quand il m’a été présenté comme futur époux, je n’ai pas pu continuer à sourire. Il m’a fallu toute ma présence d’esprit, Charlotte, pour maîtriser ma déception…

La jeune fille laissa échapper un sanglot mêlé de larmes contenues. Elle fixait le mur opposé de la chambre tout en fouillant machinalement sa manche à la recherche d’un mouchoir.

- A-t-on idée de se présenter ainsi, ma douce amie…

- … Comment faire bonne figue même par courtoisie? Ô Charlotte!  Je suis sûre qu’il a remarqué ma tristesse…. Après les politesses d’usage, il m’a baisé la main en murmurant un au revoir puis ils sont partis…

- Ma pauvre  amie… N’a-t-il pas tourné un poème, un compliment, au moins quelques vers…! continua Charlotte avec compassion.

- Rien que de très banal… sur mon visage, mon regard….

Un court silence flotta entre les deux jeunes filles. Elles s’étaient rapprochées, têtes basses, perdues dans leurs soucis.

- On me fiance dans trois mois…. ajouta Claudette d’une voix étrange.

- Votre futur époux ne vous plairait-il vraiment point?

- Oh Charlotte!  Son âge, son âge…!!!

- Serait-il donc si ingrat? Serait-il un vieillard???

- Pas très loin mon amie, il a… trente-cinq ans…

- Trente-cinq ans! s’exclama Charlotte en se levant brusquement. Oh que m’importerait maintenant!!! Si j’étais à votre place, je n’y regarderais pas!!!

Campée en face du lit, la jeune Charlotte fixait sa compagne de ses superbes yeux bleus. Elle avait ponctué ses derniers mots avec aplomb, le visage illuminé d’une force de conviction qu’elle souhaitait contagieuse.

- Charlotte… ne dites pas cela…! reprit Claudette d’une voix lasse. Par moments, je me prends à vous envier…

- Pardon! Mon amie pardon! Je ne voulais pas vous blesser; je voulais seulement préciser votre chance de faire votre entrée dans le monde!! Même si votre époux est…

- Vieux! murmura-t-elle dans un souffle, avec un air honteux.

- Ne pleurez pas, oh ne pleurez pas! Si vous saviez comme je voudrais vous prendre ce mari…

Emue par ses larmes, Charlotte  s’était à nouveau rapprochée de Claudette et l’avait serrée quelques secondes dans ses bras.

- Charlotte, Charlotte vous…

- Je voudrais partir à la première occasion, même si je devais épouser un homme qui ne me plaît point.

- Vous dites cela des lèvres mon amie… je le vois bien à votre haut-le-cœur…

Puis elle se tut, autant par tristesse que pour ne pas peiner d’avantage.

- Claudette… la vie me paraît maintenant si dure, si complexe! continua Charlotte en s’installant à côté d’elle. Pourtant je  décèle en moi une volonté plus qu’ordinaire. Sous ma déception et mon angoisse, il me vient l’idée terrible de commettre l’impensable pour échapper à mon funeste destin.

Ces derniers mois, la jeune fille avait discerné le désespoir qui commençait à l’accabler. Cependant, au fur et à mesure qu’elle avançait en âge, un sentiment différent, inconnu jusqu’alors, s’installait au fond de son être. Ce n’était pas de la violence, ni de la haine. Plutôt une sorte de force qui semblait la tirer irrémédiablement vers l’action…

Depuis quelque temps, elle rêvait même d’aventure.

- Vous dites «impensable» comme… épouser un vieillard?… reprit Claudette.

- Comme fuir… qu’importe le moyen!

- Folie!!! Mon amie, cette idée n’est que folie!

- Ecoutez… sous le secret Claudette…, murmura Charlotte d’un ton de conspirateur. Je voudrais persuader le prêtre Georges de m’aider…  Peut-être accepterait-il de m’offrir l’hospitalité de quelque connaissance…

- Charlotte, vous n’y pensez pas! Vous voudriez… partir … avec un… un  homme?!!… 

- Un prêtre n’est pas homme dans le sens commun de ce mot… Et puis habiter chez une parente sauvegarde la morale… répondit-elle en haussant une épaule.

- Sans doute… mais pensez-vous vraiment qu’il pourrait accepter?

- Je crois qu’il me considère comme sa propre fille…. Et personnellement,  j’éprouve pour lui les nobles sentiments d’une fille envers son père…

Elle ne précisa pas davantage sa pensée. Elle avait surpris quelques étincelles dans les yeux du prêtre. Trop jeune pour comprendre la signification du désir, elle était restée troublée, puis avait attribué naïvement ses brefs regards à une tendresse toute paternelle.

- Songez mon amie, que vous ne pourrez pas rester votre vie entière à demeure avec lui… que ferez-vous ensuite?

- Je me sens capable d’épouser le premier venu, dit-elle plus préoccupée de convaincre que de réfléchir. Le premier venu, même s’il est âgé! 

Debout maintenant dans la chambre, Charlotte marchait de long en large en faisant tournoyer sa petite robe de pensionnaire.

- Même s’il est très âgé! insista-t-elle d’une voix navrée où pointait une détermination sans ambages.

- Je vois bien à votre pâleur que vous en seriez bouleversée! Pauvre de nous… Pourtant j’admire votre tempérament…je ne vous savais pas si forte!

- Oh Claudette, dit-elle en se rapprochant pour lui saisir les mains, vous me connaissez suffisamment pour connaître le fond de ma pensée! J’aurai certainement de la tristesse, du dégoût… mais que diable!… Claudette, qu’est-ce que cela s’il s’agit d’échapper à une vie sinistre!

A ces derniers mots, elle lui avait repoussé les mains, emportée par l’indignation et s’était reculée vers la table. Elle faisait maintenant face, fixant son amie dans les yeux.

- N’avoir pour horizon que ces murs!!!! continua-t-elle soudain emphatique, en les pointant d’un doigt accusateur. Ici, même le printemps s’ennuie!

Charlotte se calma  pourtant, aussi vite qu’elle avait été courroucée, et c’est d’une voix presque mélancolique qu’elle continua:

- Claudette, je veux revoir les visages fuyants du ciel quand la brise pousse des nuages floconneux…  Je veux revoir ces êtres de vent que l’automne arrache aux arbres! Je veux revoir ces tas de feuilles rougeoyantes aux formes fugitives… Claudette, je ne sais plus ce qu’est la nature en liberté… depuis l’âge de huit ans!… Oh Claudette! Je veux revivre! Libre! Comprenez-moi! Vous, vous  allez avoir une vraie vie!!! et puis qui sait si votre époux…

Elle s’osa achever sa phrase. Puis, rougissante, elle ajouta:

- Je crois bien que j’aurais refusé un homme aussi âgé si le spectre du couvent n’avait pas été évoqué…

- Charlotte, je vous reconnais bien là, s’esclaffa Claudette. Votre caractère est entier. Vous êtes forte, mon amie, vous êtes forte, rien ne vous abat…

Elles furent prises d’un fou rire puéril. Cette échappée de joie poussa spontanément leurs mains délicates dans la boîte à oublies. Elles en étaient à finir leur dégustation avec une mine gourmande quand Claudette, sortant de ses pensées, s’enhardit à poser la question qui lui mordait les lèvres.

- Croyez-vous que nous pourrons connaître l’amour Charlotte? A moins de prendre un am…

- Claudette,… vous me faites pouffer!  s’esclaffa Charlotte en riant. Ne savez-vous pas???… On murmure que certaines femmes, même mariées, prennent des amants… et…

Elles s’étaient rapprochées épaule contre épaule, dans un froissement de tissu. L’une  encore pétillante de son éclat de rire, l’autre confuse de sa question.

- Vous vous souvenez de ce roman trouvé l’autre jour quand…

- Vous avez ce livre!!! Oh Charlotte! Et vous l’avez déjà lu?

- Vous me connaissez Claudette… et j’ai trouvé réponses à bien des choses… Tenez! le voici.

Joignant alors le geste à la parole, Charlotte  sortit de sa poche un petit livre à la couverture de cuir souple. Elle l’exhiba d’un regard triomphal et après l’avoir ouvert à une page marquée d’un signet, murmura en rougissant:

- L’histoire raconte l’amour fou entre un homme Amaury de Puignac et une femme mariée Juliette de Clérieux. Ils se voyaient en cachette! L’important était de ne pas se faire prendre… L’amant  passait par la fenêtre  après avoir grimpé le long de la tour d’angle…

- Et son époux?

- Il s’était fait excuser au prétexte d’une partie de chasse avec des amis, mais en fait, il revenait subrepticement au château….

- Quel danger!!… Mon dieu, Charlotte…

- L’intrigue est palpitante… Une fidèle servante faisait le guet pendant que…

Charlotte avait susurré quelques mots sur un ton de confidence, puis de l’air de quelqu’un qui enseigne un ignorant, elle entreprit son récit.

- Dans une lettre secrète dont je ne vous conte pas le périple, il lui avait écrit «lorsque je serai près de vous, pas un pouce de votre corps n’échappera à mes lèvres!!»

- Hum…! Je sens bien que le rouge me monte au front, mon amie. Pourtant il convient d’en savoir davantage. Je ne voudrais pas paraître begnotte le jour où….

- J’en ai convenu pour moi-même…

- Laissez-moi donc découvrir cette histoire. Mettons-nous d’accord, je lirai les passages que vous m’indiquerez…

- Et pour ma part, je vous murmure ce que j’ai appris en vous indiquant les dits passages… Tenez, approchez-vous, que je vous raconte…

- ….Vous dites…?  bafouilla Claudette, les yeux exorbités par ce qu’elle venait d’entendre. Oh mon dieu, sans ses vêtements!… Devant un homme… et la pudeur Charlotte… Comment…

- Chut…. Tranquillisez-vous, mon amie! L’astucieuse Juliette de Clérieux  avait fait moucher les chandelles…!

Claudette n’hésita pas longtemps.

Mordue de curiosité! Voilà ce qui lui arrivait! Et elle était très décidée à profiter des enseignements de Charlotte qu’elle admirait ouvertement.

- Il lui… retirait donc ses vêtements! continua-t-elle.

- Oui,... en commençant par les chaussures et…

- Les chaussures! Ciel! Pourquoi les chaussures?

- Vous savez bien Claudette… pour les choses de la vie! Vous n’ignorez pas…

- Non bien sûr, je sais tout…!! Vous pensez bien! 

Puis elle ajouta avec la désinvolture d’une jeune fille avertie:

- Tsss, la bonne raison! Voilà pourquoi mon futur époux a promis d’être toujours à mes pieds!… N’est-ce pas…

Elle guetta d’un rapide coup d’œil l’approbation de Charlotte, qui pour sa part, ne doutant de rien, hocha la tête de haut en bas.

- Voyons donc cela! continua-t-elle aussi désinvolte que le lui permettait son émotion. «Lorsque Juliette sentit ses bas rouler doucement vers ses pieds, de merveilleux fourmillements montèrent par l’intérieur de ses jambes, jusqu’à…» Oh ciel! Vous avez lu, Charlotte?

- J’ai bien lu mon amie… et ce n’est pas tout, murmura-t-elle en baissant encore la voix. Il y aurait des… sensations… étranges…

- Des sensations étranges…

- Oui… regardez ce passage

- «Ses mains chaudes caressaient ses chevilles» reprit Claudette désormais aussi rouge que les coussins. «De ses doigts agiles, Amaury remontait par petits cercles tendres, conscient de réveiller en elle le désir d…»

- Hum…

- Le désir d’être femme? s’étrangla-t-elle en reprenant son souffle. Charlotte comment…?

- Voilà qui est surprenant, je le concède. Moi-même à cette lecture, je suis restée perplexe…

L’idée leur avait fait baisser les yeux. Pourtant la curiosité fut la plus forte: Claudette ne désarmait pas! Que diable! Il fallait bien s’instruire! Un roman d’amour dans un couvent est une aubaine à ne pas rater! D’ailleurs Charlotte l’avait déjà lu, preuve qu’elle pensait la même chose! Ravalant sa salive, elle toussota avant de poursuivre, le cœur battant.

- «Juliette comprit alors la vanité de ses résolutions… Rien ne lui permettrait de résister à ce  déferlement de frissons qui commençaient à se répandre dans son corps, depuis ses doigts de pieds jusque dans sa poitrine. Amaury embrassait maintenant.»… Mon dieu Charlotte…!

- Vous voyez…

- Pensez-vous qu’elle ait fermé les yeux, comme le conseille sœur Marguerite?

- Fsss… Sœur Marguerite explique peu de choses. D’ailleurs ne nous sommes-nous pas amusées à la faire rougir par nos questions?

Elles s’esclaffèrent dans des larmes de rire, ravies de si joyeux souvenirs.

- Nous ne sommes pas de celles qui croient aveuglément aux leçons de sœur Marguerite!

- Certes non! Savez-vous ce que prétend Adèle? Que si nous prenons de la rue, nous pouvons avoir des enfants!…

- La rue est une plante qui soigne la peau! Cette pauvre Adèle ne comprend jamais rien! Enfin… reprenons notre sérieux… où en étais-je?… Ici… voyez…

- «…Sans volonté de se défendre, reprit Claudette, Juliette se laissait aller, impuissante à contenir cette rivière de frissons…»

Elle s’était arrêtée, le souffle court, une main devant sa bouche.

- Une «rivière de frissons…» chuchota-t-elle. Pensez-vous que cela soit vrai? J’en arrive à  me demander si l’on nous dit la vérité sur… ce devoir conjugal…

- Si l’on nous dit la vérité? l’interrompit Charlotte en tournant rapidement quelques pages. Je ne crois pas! J’en veux pour preuve la suite de ce récit. Il est même écrit qu’elle hurlait de… plaisir... au point de ne plus savoir où se trouvait son corps!

- Tssss, cette histoire prétend le contraire de ce qu’on nous enseigne! Croyez-vous que les sœurs nous mentent?

- Je crois plutôt qu’elles ne  connaissent pas grand-chose…

Les deux jeunes filles marquèrent une pause.

- Charlotte, reprit Claudette, rompant ainsi leur silence, je n’ose continuer…

- Pour ma part, j’ai passé cette crainte! Hum… ! en fait, emportée par l’histoire, ces détails me sont montés aux yeux sans que j’y prenne garde. Pouvais-je savoir avant que d’avoir lu?

- Certes non! Mais… je vois bien que vous en rougissez encore!

- N’est-ce pas la preuve de ma pudeur… Claudette, je vous en supplie,  ne voyez pas en moi, quelque vice caché, des pensées impudiques...

- Jamais mon amie, il ne me viendrait à l’idée de vous croire capable d’un tel dévergondage!

- Je vous en remercie. Car voyez-vous malgré les connaissances acquises en cette lecture, je me sens innocente quant à leur découverte!

- Bien évidemment! Nous ne faisons que compléter nos leçons!

- …Donc, mon amie, où en étions-nous?… Ah…! Voilà…!

- «Juliette dégusta ces sensations jusqu’au dernier picotement. Quand elle le sentit mourir dans ses membres, elle se morigéna en souriant. Foin de mes résolutions, se disait-elle, à chacun de nos rendez-vous, je sens mon cœur et ma raison s’ancrer davantage vers lui. Pourvu que le plaisir de chair n’amène pas la domination de…

- Fssss…

- …De mon esprit! Ahh… bon.

Cette fois, ce fut un fou rire plutôt embarrassé qui s’échappa de leurs lèvres. Passe encore de découvrir ainsi les choses de la vie: elles se doutaient bien que l’amour ne s’arrêtait pas à quelques compliments si élégants soient-ils! Mais dans leur imagination de jeunes filles, elles n’avaient jamais songé à une quelconque domination de l’esprit. C’est donc la mine empreinte d’une indéfinissable expression qu’elles se dévisagèrent, partagées  entre le dépit et l’inquiétude.

Elles en baissèrent la tête, comme deux petites filles honteuses, et se mirent à  dessiner de petits cercles avec le bout de leurs chaussures. Elles entamaient une nouvelle dizaine dans le sens inverse des aiguilles d’une montre quand Claudette relança la conversation.

- Charlotte…

- Vous dites?

- Nous pourrions en perdre l’esprit? Etre dominées par… ces «rivières de frissons»?

L’audace de sa question la rendit écarlate de honte.

- Vous demandez si nous perdons vraiment notre sang-froid? murmura Charlotte après un instant d’hésitation. Moi aussi je m’interroge…

Puis elle ajouta, comme découvrant une vérité:

- Si cela est, je suis convaincue que nous reprenons nos esprits… un peu plus tard…

- Je ne sais mon amie… reprit Claudette à voix basse. Peut-être?… Croyez-vous vraiment que l’amour procure…

Elle n’osa achever. Depuis un moment déjà, les deux jeunes filles ne pouvaient éteindre le feu de leurs visages. Elles étaient devenues de plus en plus rouges. Pourpres des oreilles au front, elles avaient laissé glisser leurs châles et se maintenaient assises sur le lit, soudain silencieuses.

Ce fut Claudette qui relança la conversation, de l’air d’une petite fille coupable.

- Charlotte…

- Vous dites…?

- Je crois que nous avons une conversation immorale….

Charlotte la regarda, un sourcil levé dans une expression de surprise incrédule. Elle était trop perspicace pour croire aveuglément le peu de leçons reçues sur le sujet. Et par nature, elle aimait découvrir les mystères. Le fil de ses déductions s’étant alimenté de ses lectures, c’est donc avec  aplomb qu’elle affirma à Claudette le résultat de ses conclusions personnelles.

- Une conversation immorale! Mais pas du tout!… Je suis sûre qu’il n’y a pas péché si nous pratiquons les œuvres de la chair avec notre époux! Il suffit d’être mariée…

L’assurance de la réponse ne permettait aucun commentaire. Claudette en resta pensive un moment, soupira, puis décida de donner un autre tour à leur causerie.

- Comment avez-vous découvert ce livre, Charlotte? Vous avez un don?…

- Cela m’a paru si facile! Vous vous rappelez l’autre nuit, lorsque je suis arrivée derrière la porte de l’escalier secret…

- Si je me souviens! jubila-t-elle. Quelle aventure! Et de nuit encore!

- J’ai appuyé sur ce levier le cœur battant!

- Pendant que je faisais le guet…! s’esclaffa Claudette décidément ragaillardie.

- Ma surprise a été de courte durée en reconnaissant le bureau de mère Béatrice…

- Vous croyez que notre abbesse a lu ce livre? pouffa à nouveau la jeune fille. Sauf à l’avoir confisqué?…

- Peu importe ce me semble… La clarté de la lune permettait de voir  nettement son cabinet d’ébène… ce qui ne m’a pas empêchée de trébucher sur le coin du tapis… continua Charlotte d’un ton badin.

- J’admire votre audace, mon amie...

- Je vous ai déjà parlé du jeu de cachette de mon grand-père…

- Quand il dissimulait un jouet et vous demandait de le trouver?

- C’est cela… j’ai passé des heures à m’amuser avec lui dit-elle en riant. J’étais devenue très habile et rapide!!… En fait, continua Charlotte redevenue grave, dans le bureau de mère Béatrice, je cherchais les clés du parloir…

- Oh Charlotte, je suis si navrée…!

- J’ai trouvé ce livre, dissimulé dans un tiroir secret. Je dois retourner là-bas pour le ranger et… chercher encore cette clé…

- Laissez-moi le temps de lire cette histoire! Je retournerai faire le guet une autre nuit, quand tout le monde sera…

Elle s’interrompit de surprise. Charlotte venait de se retourner rapidement, de l’air d’un conspirateur pris sur le fait.

- Quelqu’un vient, mon amie! fit-elle en bondissant sur ses pieds.

Elle n’eut que le temps de fourrer le livre dans une de ses poches. 

- Mademoiselle de Backson, Mère Béatrice vous attend!

Sœur Marie-Bénédicte venait de rentrer dans la chambre sans frapper. Elle regarda les deux jeunes filles d’un œil méfiant avant d’ajouter froidement:

- Je vous trouve bien rouges mesdemoiselles, vous avez chaud!?

- Non, non, ma sœur!!!!

- Et vous mademoiselle, vous n’avez pas d’ouvrage!

Sur ces derniers mots, elle dirigea Charlotte vers la porte.

Lire la suite: Chapitre 5 - Sans rubans ni dentelles

 

 

 


 

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