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D’Artagnan contre Cyrano
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Voir
les couvertures de quatre éditions différentes
de D'Artagnan contre Cyrano |
Aventures de cape et d'épée plagiant outrageusement Les trois mousquetaires. Le héros,
"chevalier Mystère", d'origine inconnue (en fait
le fils caché d'Anne d'Autriche et de Buckingham, comme on
le devine aussitôt) se lie d'amitié avec Cyrano de Bergerac
et intrigue avec Anne d'Autriche et la Duchesse de Chevreuse contre
Richelieu, que sert d'Artagnan, et surtout contre Mazarin, beaucoup
plus présent que Richelieu, qui cherche à faire du chevalier
Mystère une arme pour tenir Anne d'Autriche à sa merci.
Complexe, l'intrigue s'étire sur un bon millier de pages. Le chevalier Mystère, qui ignore qui est sa mère, est victime des machinations de Mazarin. Il se retrouve embastillé. Cyrano se fait emprisonner pour l'en sortir. Le chevalier part alors en Angleterre où il finira par récupérer l'héritage que lui a laissé son père, Buckingham, non sans affronter d'abord des ennemis cachés qui veulent s'emparer de ces richesses.
Tout au long du récit, on assiste aux relations difficiles entre d'Artagnan et Cyrano. Des relations hostiles, à première vue, puisqu'ils ne sont pas dans le même camp. Cyrano est un ami indéfectible de Mystère et un ennemi de Richelieu; d'Artagnan, soldat, sert ce dernier.
Mais les choses sont en fait
plus complexes. D'Artagnan est toujours dévoué, en secret, à Anne d'Autriche, et tente
de concilier cette fidélité et son devoir de soldat.
Si bien que les deux héros se retrouvent finalement aux côtés
du chevalier. Cyrano et d'Artagnan, par ailleurs, s'admirent, le premier
jalousant quelque peu le second. Au bout du compte,
ils
finiront, bien sûr, par devenir les meilleurs amis du monde. Aramis fait une apparition dans le courant de l'histoire, en tant
qu'aumônier militaire.
Convenablement écrit, le récit est touffu, parfois obscur, et repose sur de monstrueuses coïncidences et invraisemblances. Il se poursuit avec les trois volumes de D'Artagnan et Cyrano réconcilés.
Sur le thème de la rencontre-confrontation entre d'Artagnan et Cyrano de Bergerac, le roman de H. Bedford-Jones The King's passport est beaucoup plus réussi. Curieusement, on y retrouve un "duel au fourreau" qui évoque la scène reproduite ci-dessous. Voir également une publicité concernant ce livre.
L'ouvrage, enfin, a été publié à l'étranger. Voir ci-dessous la couverture d'une édition en langue tchèque, aimablement communiquée par Peter Richter.
Extrait du chapitre 17 Le fourreau!
Dehors, le duel se prolongeait, entre les deux maîtres bretteurs, également acharnés à défendre le terrain. Aucune issue ne s'était produite encore. Cyrano avait épuisé toutes les ressources de son art de raffiné contre l'impassible sang-froid du mousquetaire.
A tous ses coups, de triomphantes parades répondaient. Ses feintes étaient successivement déjouées. Plus encore que la maîtrise stupéfiante de cet adversaire inconnu, ce qui surprenait le poète, c'était de ne point lui voir rendre coup pour coup.
Dans la ruelle, l'obscurité régnait toujours. La lame
invisible de d'Artagnan semblait, en même temps, être
impalpable. Elle se dérobait, échappait à
toutes les prises. Prompte et légère, elle rejetait
la magistrale
épée hors de
la ligne, bien plus, elle avait, cette lame diabolique, un étrange
et troublant contact. Elle ne froissait pas, elle ne résonnait pas comme un fer
ordinaire.
Cette scène d'enchantement, d'envoûtement, avait fini par étreindre le coeur du vaillant escrimeur.
"Quel jarret! quelle poigne! pensait-il. Mais, bagasse! quelle singulière rapière!"
Pour échapper à cette impression, hallucinante à la longue, Cyrano se découvrit un instant. Il s'attendait à quelque vive attaque qui allait lui permettre une riposte décisive. 0 surprise! son adversaire ne s'était point fendu, il attendait la reprise, l'épée en ligne.
- Dieu me damne! rugit le poète intérieurement. Le coquin me ménage, je crois.
Et l'heure avançait. Déjà les lueurs annonciatrices de l'aube pâlissaient le ciel.
Rageusement, Cyrano combattait maintenant, se livrant de toute sa fougue. Il fallait en finir, mille dious!
En cet instant, les quatre coups de l'heure retentirent. La porte du croître s'étant entrouverte, M. Bernard et son jeune compagnon se glissèrent au dehors. Des cliquetis de fer, à leur droite, mais personne en vue. Le chemin était libre. Ils s'élancèrent à gauche et disparurent au tournant de la rue Saint-Jacques.
Toujours préoccupé par sa consigne, d'Artagnau crut percevoir un bruit et rompit d'un pas afin de mieux prêter l'oreille. Mais déjà, comprenant le danger, sans lui laisser le temps d'une réflexion, Cyrano l'assaillait avec une vigueur nouvelle.
Après une feinte rapide au visage, s'étant dégage vivement, il visa aux parties basses, et tira, se fendant à fond. Un coup sec écarta sa lame. Un coup qui rendit un son mat.
Alors, brusquement, Cyrano se rejeta en arrière, d'un bond
effaré.
Les nuages, balayés du ciel, laissaient filtrer un peu de lumière.
A cette lueur indécise, le bouillant poète venait de
voir... enfin... et de comprendre... Oui... de comprendre pourquoi
son adversaire ne ripostait point, pourquoi le duel se poursuivait
indéfiniment, sans résultat possible, pourquoi cette
épée enchantée, si habile à parer, ne
pointait jamais.
Furieux, et, en même temps, admiratif, il hurla:
- Eh! vivadious! monsieur, ceci n'est point de jeu. Halte-là! Je ne suis point une mazette que l'on ménage!
D'Artagnan salua de la lame:
- Je regrette, monsieur, de n'avoir pu mieux vous servir pour cette fois! Mais j'avais fait... un voeu!
Un voeu? Corbac! Ebahi, Cyrano venait de s'apercevoir que son impassible adversaire avait combattu l'épée enveloppée de son fourreau.
- Allons! dit d'Artagnan, souriant de sa stupeur malgré tout, c'est encore vous qui gagnez la partie! Une autre fois, j'aurai ma revanche.
- J'y compte bien, grogna Cyrano.
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