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The visit

Friedrich Durrenmatt

112 pages
1956 - Suisse
Pièce de thêatre

Intérêt: **

 

 

La petite ville de Guellen est en effervescence. Cette bourgade misérable située en Europe centrale de l’après-guerre s’apprête à recevoir la visite de Claire Zachanassian, qui passe pour être la femme la plus riche du monde. Née à Guellen, elle en est partie il y a bien longtemps et a épousé un multimilliardaire qui a eu le bon goût de la laisser veuve rapidement. Son retour, pour la première fois, sur les lieux de sa jeunesse emplit la ville d’espoir: si seulement elle voulait bien y investir un peu d’argent, le sort des habitants en serait transformé. Car Guellen est dans une situation de banqueroute totale. Toutes les usines de la ville ont fermé les unes après les autres et personne n’y a le moindre argent.

Les habitants comptent en particulier sur l’épicier Ill, dont tout le monde sait qu’il a eu jadis une liaison avec Claire. S’il peut évoquer les tendres souvenirs du passé, peut-être s’intéressera-t-elle aux malheurs des habitants actuels.

Dès l’arrivée de la milliardaire, les choses se précisent. Elle prévoit bien d’investir une énorme somme dans la ville, mais pas du tout au nom des heureux souvenirs, bien au contraire. Elle a fui Guellen jadis dans des conditions dramatiques. Elle attendait un bébé d’Ill qui l’a abandonnée, elle n’a trouvé d’appui nulle part et est partie faire fortune ailleurs. Si elle revient aujourd’hui, c’est en fait pour se venger: elle apportera la prospérité à la ville à condition que celle-ci, collectivement, assassine son ancien amant.

Et Claire ne plaisante vraiment pas. On apprend ainsi que si les usines de la ville ont fermé au fil des ans, c’est parce qu’elle les a rachetées à seule fin de les mettre en faillite, pour réduire Guellen à sa merci!

La première réaction des habitants est un refus indigné: ils ne sont pas des assassins. Mais petit à petit, le trouble s’installe. La tentation est terrible. Sans forcément s’en rendre compte, les habitants s’habituent à l’idée d’une prospérité proche. Ils s’endettent pour accéder tout de suite à cette aisance qu’ils anticipent. Ill se rend compte que l’issue est inévitable et qu’il n’échappera pas au châtiment de sa faute passée. Le drame final confirme que les habitants de Guellen se sont vendus à Claire et que celle-ci a obtenu sa vengeance.


La question des œuvres à retenir sur pastichesdumas.com se pose souvent, quand le lien avec les œuvres de Dumas n’est pas explicitement revendiqué. The visit fait partie des œuvres dont on pourrait discuter interminablement pour savoir si elles sont suffisamment proches de Monte-Cristo pour être incluses. Des aspects importants de l’œuvre de Dumas sont ici absents, comme le changement d’identité d’Edmond Dantès et la dimension cachée de sa vengeance.

Mais le reste de l’intrigue utilise des thèmes tout droits venus de Monte-Cristo: la personne très ordinaire qui accède à la toute puissance, la fortune illimitée, la vengeance planifiée sur des années qui devient le seul but de l’existence…

Pour le reste, ce qui intéresse l’auteur c’est avant tout la déliquescence morale de gens très ordinaires qui deviennent prêts à tout pour échapper à leur abjecte pauvreté. Un thème que Dürrenmatt traite de façon convaincante dans cette pièce très réussie.


Extrait de l’acte 1

CLAIRE ZACHANASSIAN. Mister Mayor, Guelleners. I am moved by your unselfish joy in my visit. As a matter of fact I was somewhat different from the child I seem to be in the Mayor's speech. When I went to school, I was thrashed. And I stole the potatoes for Widow Boll, aided by Ill; not to save the old bawd from dying of hunger, but just for once to sleep with Ill in a more comfortable bed than Konrad's Village Wood or Petersens' Barn. None the less, as my contribution to this joy of yours, I want to tell you I'm ready to give Guellen one million. Five hundred thousand for the town and five hundred thousand to be shared among each family.

(Deathly silence.)

MAYOR (stammers). One million.

(Everyone still dumbstruck.)

CLAIRE ZACHANASSIAN. On one condition.

(Everyone bursts into indescribable jubilation, dancing round, standing on chairs. Gymnast performing acrobatics, etc. Ill pounds his chest enthusiastically.)

ILL. There's Clara for you! What a jewel! She takes your breath away! Just like her, O my little sorceress!

(Kisses her.)

MAYOR. Madam: you said, on one condition. May I ask, on what condition?

CLAIRE ZACHANASSIAN. I'll tell you on what condition. I'm giving you a million, and I'm buying myself justice.

(Deathly silence.)

MAYOR. My dear lady, what do you mean by that?

CLAIRE ZACHANASSIAN. What I said.

MAYOR. Justice can't be bought.

CLAIRE ZACHANASSIAN. Everything can be bought.

MAYOR. I still don't understand.

CLAIRE ZACHANASSIAN. Boby. Step forward.

(Butler steps forward, from right to centre, between the three tables. Takes off his dark glasses.)

BUTLER. I don't know if any of you here still recognize me.

SCHOOLMASTER. Chief Justice Courtly.

BUTLER. Right. Chief Justice Courtly. Forty-five years ago, I was Lord Chief Justice in Guellen. I was later called to the Kaffigen Court of Appeal until, twenty-five years ago it is now, Madam Zachanassian offered me the post of Butler in her service. A somewhat unusual career, indeed, I grant you, for an academic man, however the salary involved was really quite fantastic . . .

CLAIRE ZACHANASSIAN. Get to the point, Boby.

BUTLER. As you may have gathered, Madam Claire Zachanassian is offering you the sum of one million pounds, in return for which she insists that justice be done. In other words, Madam Zachanassian will give you all a million if you right the wrong she was done in Guellen. Mr Ill, if you please.

(Ill stands. He is pale, startled, wondering.)

ILL. What do you want of me?

BUTLER. Step forward, Mr Ill.

ILL. Sure.

(Steps forward, to front of table, right. Laughs uneasily. Shrugs.)

BUTLER. The year was nineteen ten. I was Lord Chief Justice in Guellen. I had a paternity claim to arbitrate. Claire Zachanassian, at the time Clara Wascher, claimed that you, Mr Ill, were her child's father.

(Ill keeps quiet.)

At that time, Mr Ill, you denied paternity. You called two witnesses.

ILL. Oh, it's an old story. I was young, thoughtless.


 

 

 

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