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Le Simulacre Tome 1 - La seconde vie de d’Artagnan

Jean-Luc Marcastel

288 pages
Editions du Matagot - 2014 - France
SF, Fantasy - Roman

Intérêt: **

 

 

Ce récit se déroule dans un XVIIème siècle alternatif. En 1625, la Terre a été attaquée par des extraterrestres, les "Démons", qui auraient détruit l'humanité sans l'intervention d'autres extraterrestres, bienveillants ceux-là. Après avoir éliminé les agresseurs, ils sont restés sur Terre, jouant un rôle de protecteurs et de fournisseurs de hautes technologies à qui a les moyens de les payer. Grâce à ces "Archanges", comme les appellent les humains, Louis XIV a pu bâtir sa "Versailles céleste", fabuleux palais flottant dans le ciel dix kms au-dessus de Paris; les très grands seigneurs vivent dans des palais volants; des "chevaux mécaniques" permettent de se déplacer dans les airs et les épées laser peuvent trancher le métal.

Surtout, les Archanges ont introduit des techniques permettant de combiner le vivant et le mécanique, ou de prolonger la vie sous diverses formes. Les "mécanomates" sont des sortes de robots humanoïdes animés par le cerveau d'un homme logé en leur sein. Un homme peut aussi se réincarner dans un double qui sera sa copie conforme à un détail près: l'absence de nombril qui caractérise ces êtres éprouvette appelés "simulacres".

L'histoire commence avec la rencontre d'Estella, jeune voleuse professionnelle, et de d'Artagnan, alors âgé mais à la prestance intacte. Attaqué par une troupe de mécanomates envoyés par le cardinal de Richelieu (apparemment toujours en vie sous une forme ou une autre grâce aux technologies des Archanges), d'Artagnan a juste le temps de confier en dépôt à Estella une bague extrêmement précieuse, avant de se faire tuer.

Le récit se déplace aussitôt en Gascogne dans le château familial de d'Artagnan où celui-ci se réveille. Mais c'est un d'Artagnan plus jeune de trente ans, complètement désorienté: un "simulacre" du vrai. Aidé par Planchet, devenu un vieil homme, le "nouveau d'Artagnan", qui a la mémoire de son modèle à 20 ans, découvre avec stupeur les bouleversements intervenus ces dernières décennies: les Archanges, les machines volantes, les épées laser, etc... Un message enregistré par le "vrai" d'Artagnan avant sa mort lui apprend que ce dernier a préparé son simulacre pour une raison précise: il soupçonne Richelieu d'organiser un vaste complot contre les Archanges, avec des conséquences potentielles catastrophiques. Le simulacre du mousquetaire est chargé de déjouer cette machination. Pour ce faire, il doit d'abord récupérer la bague confiée à Estella, qui contient la mémoire de d'Artagnan de ces trente dernières années.

De nombreuses péripéties s'ensuivent. Estella est à Paris, pourchassée par l'Ankou: cet être redoutable, mi homme mi machine, est le maitre occulte des bas-fonds de la ville. Simultanément, le simulacre de d'Artagnan cherche à la retrouver, tout en étant poursuivi par les créatures du cardinal.

Au terme d'un combat homérique dans les sous-sol de la capitale, le simulacre et la jeune fille échappent à l'Ankou, gravement "blessé" (autant qu'il est possible pour un être largement mécanique). Celui-ci jure de se venger et pour ce faire passe au service de Milady, qui vient de réapparaître. Le récit se poursuit dans le tome 2 L'ombre du cardinal et s'achève dans le tome 3 La Versailles céleste.

 

Le Simulacre est dédié, entre autres, "à Messieurs Alexandre Dumas et Georges Lucas, les pères spirituels de cette histoire, sans qui elle n'aurait jamais vu le jour". Le livre s'adresse, précise l'auteur, "à tous ceux qui aiment les mousquetaires et les Jedi". Un tel double patronage pourrait faire craindre le pire, un mélange absurde de clichés hétéroclites empruntés aux récits de cape et d'épée et à la science-fiction. Il n'en est rien: ce roman destiné aux adolescents est une heureuse surprise.

L'univers parallèle imaginé par Jean-Luc Marcastel fonctionne très bien. L'injection de technologies extraterrestres délirantes dans un cadre solidement ancré dans la France du XVIIème siècle donne naissance à un monde baroque plein de fantaisie. La belle écriture de l'auteur lui permet de susciter des images saisissantes: c'est le cas de la "Versailles céleste" de Louis XIV ou encore de la "Nouvelle Bastille", forteresse volante aussi massive que menaçante qui flotte au-dessus de Paris et ne se laisse jamais oublier de ses habitants. Quant aux nombreux êtres composites mi-hommes mi-machines, ils sont convaincants, parfois glaçants. Enfin, le roman s'appuie fortement sur celui de Dumas et joue de façon intéressante avec ses personnages. C'est le cas par exemple des relations entre le vieux Planchet et le "nouveau" d'Artagnan sans mémoire, que le serviteur doit initier au monde nouveau dans lequel il arrive.

Merci à Mihai Ciuca de m'avoir signalé ce livre.

 

Extrait du chapitre 6 Le cheval jaune

Quand les mécanomates restants, qui avaient d'ores et déjà déchargé leurs armes sur la statue, concentrèrent à nouveau leur attention sur leurs cibles premières, les deux fuyards, sans attendre leur reste, s’étaient engouffrés dans les écuries.

Les hommes mécaniques se lancèrent aussitôt à leur poursuite, à grandes et raides cisaillées de jambes.

D’Artagnan, bien décidé à ne pas les attendre, après avoir barricadé la porte, se dirigeait déjà vers une des premières stalles, quand Planchet le retint d'une main.

« Que faites-vous Monsieur ?

— Cette question Planchet, je prends un cheval, pardi ! »

Le vieux valet, affichant un air embarrassé, demanda :

« Monsieur me fait confiance ? »

D’Artagnan ouvrit la bouche et commença à lever une main.

« Me fait-il confiance ? », insista Planchet.

— Dans une certaine mesure.

— Quelle mesure ?

— Une mesure importante.

— Assez pour me confier sa vie ?

— Il me semble que je viens de le faire Planchet.

— Alors montez là-haut s’il vous plaît.

— Là-haut ? Où là-haut ? »

Planchet se retourna pour désigner l'escalier qui menait à l'étage où l’on entreposait le foin pour les chevaux.

«Monter ? Mais voyons Planchet... »

Dehors la rumeur des mécanomates en marche s’amplifiait, se faisait plus précise, plus proche.

Devant le regard suppliant de son vieux serviteur, il finit par acquiescer:

« D’accord, nous montons. »

Sans un mot de plus, il suivit un Planchet, au pas presque aussi raide que celui des mécanomates, qui grimpa pourtant quatre à quatre les marches traîtresses.

À voir son expression, le vieux laquais n'en revenait pas d'avoir convaincu si facilement son Gascon de maître.

Quand d’Artagnan arriva derrière lui au sommet des marches ce fut sans surprise qu'il découvrit la grande pièce en soupente à la charpente de bon chêne dont les poutres s’entrecroisaient au-dessus de leurs têtes. Au fond, devant un petit soupirail à croisillons, s’étalait le même tas de foin que celui dans lequel il lutinait les filles du domaine, quelques années plus tôt... Pour un peu il en aurait eu des montées de nostalgie... s'il ne s'était brusquement rappelé que ces souvenirs, ces baisers volés, ces mains égarées, ces étreintes fougueuses et maladroites, appartenaient à un autre.

Brusquement dégrisé, il se tourna vers Planchet, alors que les premiers coups ébranlaient la porte, en bas.

« Et maintenant qu'as-tu prévu ? »

Sans se démonter, le vieux serviteur pointa un doigt par-dessus son épaule.

« Ça, Monsieur. »

D’Artagnan se retourna d'un bloc et écarquilla les yeux.

Ce côté de la grande pièce ne correspondait plus à ses souvenirs. Un ensemble de mécanismes étranges, roues crantées et longues tiges emboitées, semblait soutenir une partie de la toiture et, devant lui, posée sur les larges lames brutes du plancher, se trouvait un... une chose qu'il aurait été incapable de décrire.

C'était long, profilé, ensemble de tubulures enfilées les unes dans les autres soutenant un certain nombre de structures plus volumineuses, dont ce qui ressemblait vaguement à une double selle.

Deux manières d'ailes atrophiées saillaient de chaque côté de l'appareil, ainsi que ce qu'il fallait bien prendre, à l'arrière, au bout de deux longues tiges jumelles, pour une sorte d'empennage.

L'avant, par contre, se renflait pour s'achever en tête de cheval sculpté avec un tel luxe de détails qu'on aurait pu le croire sur le point de hennir.

Une sorte de Pégase de métal, mais dénué de pattes, si on oubliait les deux ridicules moignons qui le maintenaient à hauteur de genou d'homme.

L'ensemble avait une allure résolument baroque, mais le jeune homme devait tout de même avouer que l'étrange appareil le fascinait autant qu'il l’inquiétait.

« Planchet ?

— Oui Monsieur.

— Ne me dis pas que tu veux nous faire monter là-dessus.

— Précisément Monsieur. »

Un bruit de bois brisé s’éleva soudain de l'étage inférieur, parmi les coups formidables qui ébranlaient tout le bâtiment et les hennissements paniqués des chevaux.

« Et le plus tôt sera le mieux, si vous voulez mon avis.

— Planchet que fait cette... chose ?

— Elle vole Monsieur.

— Elle vole ? »

Il y avait, dans la voix du mousquetaire, une incrédulité mêlée d'un autre sentiment encore diffus mais bien présent, l'exaltation.

« Oui Monsieur, voler, comme les oiseaux... »

Il corrigea :

« Plus vite, et en faisant sensiblement plus de bruit. »

En bas, un nouveau craquement retentit, plus violent encore que le précédent, suivi du premier sifflement feutré des armes à énergie. Les chevaux hennirent de plus belle.

« Tu ne t'attends tout de même pas à ce que je monte sur cette chose et que je nous emmène tous les deux dans le ciel j'espère ?

— Si ce n'est pas vous qui nous y emportez de notre plein gré, j'ai bien peur que d'autres ne s'en chargent en employant la manière forte, Monsieur, et je pèse mes mots.

— Mais pardieu, Planchet ! Je ne sais pas monter cette... chose. Si tant est que ce que tu dis soit vrai, je vais nous envoyer dans un arbre, si je parviens seulement à la faire voler. Pourquoi ne nous guiderais-tu pas, toi ?

— Que Monsieur m'excuse mais je ne l'ai fait qu'une fois et cela ne m'a pas réussi. »

D’Artagnan, sourd à ses paroles, l’entraîna vers l’appareil étrange, comme une victime désignée pour amadouer un fauve assoupi.

Le vieux valet s’empressa d’ajouter :

« C'est depuis ce jour-là que Monsieur à fait poser sur le « Cheval jaune » un mécanisme qui l'autorise, seul, à en avoir l’usage. »

D’Artagnan se figea.

« La peste soit des égoïstes en général et de moi en particulier !

— Monsieur me l’ôte de la bouche. »

 

 

 


 

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