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Le Simulacre Tome 2 - L’ombre du cardinal

Jean-Luc Marcastel

320 pages
Editions du Matagot - 2015 - France
SF, Fantasy - Roman

Intérêt: **

 

 

Le tome 2 de la série Le Simulacre fait suite à La seconde vie de d'Artagnan. Le "simulacre" du mousquetaire, copie conforme de celui-ci moins ses souvenirs des trente dernières années, part, accompagné de la jeune voleuse Estella, à la recherche d'Athos. Ils retrouvent celui-ci dans son palais volant. Athos a désormais un corps métallique qui abrite le cerveau du mousquetaire. Il fournit au d'Artagnan simulacre le moyen de "récupérer" la mémoire du d'Artagnan original. Pendant l'opération, ils sont attaqués par les mécanomates de Richelieu. Ils ont également à faire à Milady, plus démoniaque que jamais, que quelqu'un a ressuscitée en utilisant les technologies des Archanges.

D'Artagnan décide de libérer Planchet, prisonnier de Richelieu dans sa "Nouvelle Bastille" volante. Pour cela, lui, Athos et Estella ont besoin d'aide. Ils entreprennent donc de retrouver Porthos, occupé à écumer les bouges de Paris. Enfin, comme s'attaquer à la forteresse volante de Richelieu demande de sérieux moyens, ils décident de chercher l'appui d'Aramis.

Cela leur serait d'autant plus utile que ce dernier est devenu un personnage considérable: général des Jésuites. Ce qui n'est déjà pas rien dans notre monde mais est encore infiniment plus important dans l'univers parallèle du Simulacre: les Jésuites sont en effet les intermédiaires obligés pour toutes les communications et les transactions entre les hommes et les Archanges extraterrestres. De quoi donner à l'Ordre une influence et une richesse sans égales et faire d'Aramis quelqu'un d'au moins aussi puissant que Louis XIV.

Les trois mousquetaires sont bien accueillis par leur ancien ami qui leur donne les moyens de s'introduire dans la Nouvelle Bastille. Sans trop déflorer le récit, disons simplement que les informations qu'ils y recueillent bouleversent toute leur vision du monde: la nature des extraterrestres (tant Démons qu'Archanges), l'objectif de leur venue sur Terre, les véritables rôles de Louis XIV, Aramis, Milady, Richelieu, etc. Ce tome 2 s'interrompt en pleine action et annonce bien sûr une suite, sans doute dans la "Versailles céleste" du roi.

 

Ce deuxième volume prolonge avec succès le premier. Rebondissements et coups de théâtre sont incessants. Surtout, le monde imaginé par Jean-Luc Marcastel est tout à fait captivant. La Bastille volante, à la fois prison, instrument d'espionnage, de répression et d'intimidation, avec laquelle l'esprit de Richelieu vit en symbiose totale, est en particulier assez fascinante. Ecrite pour des adolescents, cette série se confirme être une grande réussite. Elle s'achève avec le troisième tome La Versailles céleste.

 

Extrait du chapitre 16 Le Diable en sa tanière

Il avait franchi le seuil... et pénétré dans l’antre de l’araignée.

L’ombre l’entourait, compacte, étouffante, une ombre vaste qu’il devinait pourtant peuplée, grouillante d’une vie mécanique, une fourmilière de métal, cliquetante et claquante, chuintante de mille mouvements cachés.

Il sentit, dans son dos, Estella se serrer contre lui, impressionnée, elle aussi, par ce qu’elle devinait mais ne pouvait voir...

L’imagination, avait-il appris, est souvent le pire des ennemis.

Il devinait des mouvements, tout autour de lui, des choses qui passaient en sifflant, rapides, très rapides, d'autres se mettant en place, sur le tic-tac horripilant d’un millier d’horloges miniatures.

Puis la voix, venue de partout et de nulle part, une voix semblable, par certaines consonances, à celle d’Athos ou de Rochefort, mais avec un je-ne-sais-quoi de plus, un je-ne-sais-quoi qui s’enfonçait au plus profond de son crâne, comme une lancette, pour y traquer la vérité.

« Ah ! Mon irréductible Gascon ! Enfin vous voilà ! Que d’efforts aurai-je déployés pour vous mener auprès de moi. »

D’Artagnan, malgré les harmoniques légèrement métalliques qui l’émaillaient, aurait reconnu entre toute cette voix riche et profonde. Il répondit :

« Si je n’avais dû venir secourir Planchet, vous n’y seriez jamais parvenu ! »

Il tournait la tête en tout sens, dans la pénombre grouillante d’une vie de métal, bras articulés se déplaçant sans cesse, pistons et roues crantées, comme celles d’une gigantesque horloge, tournant sans fin ou se déplaçant tout autour de lui, en des mouvements d'une incroyable complexité.

La voix s’éleva à nouveau :

« Capitaine Charles de Batz-Castelmore d’Artagnan, ne me prenez pas pour un sot. Nous nous connaissons, vous et moi. Gagnons du temps, voulez-vous, le mien est précieux, le vôtre... le sera bientôt. »

D’Artagnan, que cette conversation en aveugle commençait à agacer, répliqua aussitôt.

« Qu’est-ce à dire ?

— Chaque chose en son temps.

— Montrez-vous tudieu, ou je vous jure bien que cette conversation s’arrêtera ici.

— Mais me voici, cher Gascon. »

Dans un sifflement feutré, une sorte de bras mécanique, tirant derrière lui un incroyable écheveau de câbles et de tuyaux, descendit vers eux, dans un halo de lumière...

Quand le bras ne fut plus qu'à un mètre de lui et s’immobilisa, le mousquetaire découvrit ce qui le terminait.

Un crâne, un crâne de métal, et un visage de cuivre roux, ciselé avec une telle perfection, un tel art, qu’on l'aurait cru vivant... et ce visage bien sûr, long et étroit, aux traits énergiques et volontaires, marqué par le sceau d’une volonté implacable, d'un esprit qui pensait en termes de nations et de siècles... était celui de Richelieu.

L’Artiste avait capté et forgé, dans le métal, l’essence même du Cardinal, pour mieux lui offrir l’immortalité.

Compares à celui-ci, même ceux d’Athos et de Rochefort, pourtant remarquables, faisaient figure de masques primitifs.

Il ne faisait pas que singer la vie, il la reproduisait à la perfection... et la sublimait, dans le métal.

Jamais Richelieu ne lui avait paru si vivant, si présent, si charismatique...

Pourtant, d’Artagnan avait beau chercher, il ne trouvait rien… le corps de Richelieu n’était pas là, sa tête seule, soutenue par le long bras mécanique et reliée à l'incroyable machinerie qui cliquetait, claquait et ronronnait derrière lui, les toisait de ses yeux plus étincelants, plus perçants que jamais.

À la place du cou saillait un étrange pas de vis luisant. De l’arrière de son crâne surgissaient des dizaines de câbles métalliques de différentes grosseurs le reliant à l’incroyable mécanique qui se trouvait derrière lui.

Et d’Artagnan comprit...

La Bastille et Richelieu ne faisaient qu'un. Toute cette forteresse n’était qu’une coquille, une carapace, un réceptacle pour l'esprit qui animait ce visage de métal roux.

 


 

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