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Et Charlotte épousa d’Artagnan...

Henri Nicolas

160 pages
Editions de l’Armançon - 2001 - France
Roman

Intérêt: *

 

 

 

Au moins trois romans ont été consacrés à l’épouse de d’Artagnan, le personnage historique. Si Madame d’Artagnan de Brigitte Barel et Madame d’Artagnan ? de Fred Jouhaud mêlent éléments véridiques et inventions romanesques, Et Charlotte épousa d’Artagnan… se veut respectueux de la vérité historique. Les dialogues, les plongées dans les pensées intimes des personnages en font bien un roman mais la trame du récit est conforme à l’histoire de Charlotte de Chanlecy jeune veuve de petite noblesse de province appelée à épouser le considérable personnage qu’était d’Artagnan à la Cour de Louis XVI.

Découpé en trois parties Avant lui, Avec lui et Après lui, le livre retrace toute la vie de Charlotte : jeune fille romantique, mariée une première fois à un voisin indifférent, rapidement veuve. Une rencontre fortuite avec d’Artagnan bouscule son existence : une passion réciproque, selon l’auteur, mais très brève se traduit par un mariage. Subjuguée par la prestance de d’Artagnan, Charlotte est cependant rapidement déçue : elle supporte mal les interminables absences du mousquetaire, retenu loin d’elle par le service du roi, et ses infidélités chroniques.

Rapidement, son goût pour la vie de province, où elle aime à gérer ses propriétés, et sa piété reprennent le dessus et l’éloignent de son mari. Réfugiée dans ses châteaux de Bourgogne, elle se consacre aux deux fils qu’elle a eus de d’Artagnan, dont elle suit de loin la carrière de plus en plus brillante. Jusqu’à se retrouver veuve une deuxième fois après la mort du mousquetaire à Maastricht.

 

Joliment écrit, ce petit livre se lit avec plaisir, même s’il se révèle, en définitive, assez peu romanesque.

 

Extrait de la troisième partie Après lui

Le Chambellan était déjà dans le couloir menant chez le roi et annonçait :

- Madame la comtesse d’Artagnan !

Charlotte pénétra, un peu émue, puis se courba profondément dans une révérence.

Elle était en face du roi, séparée de lui seulement par la grande table encombrée de papiers et de deux écritoires.

Il y avait presque dix ans qu’elle ne l’avait pas vu. Il avait maintenant trente-cinq ans, et son visage s’était épaissi ; une perruque ornait sa tête ; les yeux étaient vifs et durs.

- Nous avons tenu à vous recevoir, madame, pour vous dire toute l’estime que nous avions pour votre mari.

Elle inclina la tête en signe de remerciement.

Et Louis XIV se lança, sur un ton d’abord calme et posé, puis un peu plus passionné, dans l’éloge de d’Artagnan, soldat d’élite et organisateur remarquable, qui avait, pendant quarante ans, servi deux souverains. Vaillance, intelligence, disponibilité permanente : il possédait nombre de qualités, il avait tout donné au royaume et, à la fin, sa vie.

Brusquement, interrompant ce panégyrique :

- Savez-vous, madame, que le roi a pleuré ?

Après cette surprenante confidence, un silence. Un étrange silence tout à coup. Un silence que Charlotte écoutait, haletante.

- Oui, finit par dire Louis XIV à voix presque basse, le roi a versé des larmes lorsqu’il a appris la nouvelle. D’Artagnan n’était pas loin de moi à Maastricht, quand il est tombé, la gorge traversée par une balle de mousquet... Je l’ai su à peine une demi-heure après...

Nouveau silence. Charlotte était stupéfaite de voir ce roi qu’elle connaissait comme orgueilleux, persuadé de tenir son trône de Dieu et de Dieu seul, se comporter brusquement comme un être humain. Et d’avoir renoncé au pluriel de majesté pour employer le pronom Je.

Cette faiblesse ne dura pas. Il se reprit ; son œil redevint dur, sa voix redevint brève. Presque brutalement, il congédia Charlotte.

- Allez, madame !

 


 

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