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L’enfant et le masque de fer

Jean-Pierre Kerloc’h

142 pages
Didier Jeunesse - 2016 - France
Roman

Intérêt: **

 

 

Ce court roman destiné aux jeunes lecteurs constitue une variation originale sur le thème de l’homme au masque de fer. L’héroïne est Marie-Anne, une petite fille âgée de neuf ans au début du récit. Sa vie est pour le moins étrange. Elle est enfermée dans un château en compagnie de sa mère. Toutes deux sont très bien traitées mais ont interdiction absolue de sortir. Les nombreux gardes et domestiques ne parlent pas le français, si bien que Marie-Anne ne peut parler qu’à sa mère et son précepteur, qu’elle adore tous les deux, et à la gouvernantes, qu’elle déteste.

Sa seule distraction est la visite occasionnelle d’un fringant mousquetaire, d’Artagnan, qui lui raconte des histoires et lui apporte des cadeaux. Mais d’Artagnan joue un rôle ambigu, mi ami mi geôlier. De son père, Philippe, elle ne sait quasiment rien, sinon qu’il est parti aux Amériques.

Peu avant de mourir de maladie, sa mère lui remet une lettre scellée, en lui faisant promettre de ne la montrer à personne et de ne la lire que le jour de ses quinze ans.

Une fois sa mère disparue, d’Artagnan emmène la fillette dans un couvent, sous forte escorte de mousquetaires. Alors qu’elle ne rêve que de liberté, elle ne fait que changer de prison. Elle y est fort mal traitée au début, considérée comme une jeune fille pauvre d’origine inconnue et donc à peine plus qu’une servante. Jusqu’à ce que d’Artagnan intervienne : du jour au lendemain, la voilà qui reçoit tous les égards et privilèges possibles - ce qui confirme à Marie-Anne que sa situation personnelle sort de l’ordinaire, même si elle continue à tout en ignorer.

Le jour de ses quinze ans, elle lit enfin la lettre de sa mère (voir extrait ci-dessous). Celle-ci lui révèle que son mari Philippe a été enfermé jadis sur ordre royal, sans explication, qu’elle a pu le rejoindre pour vivre avec lui à condition de renoncer à jamais ressortir, que dans sa prison Philippe portait un masque de fer. C’est là que Marie-Anne est née en captivité. Tous trois ont vécu dans cette cage dorée jusqu’à ce que Philippe s’évade en promettant de revenir. Ce qu’il n’a jamais fait.

D’Artagnan vient enfin sortir la jeune fille du couvent pour l’emmener chez lui à Paris où son épouse madame de Sainte-Croix prend en main son éducation : il s’agit de la préparer à la vie de la Cour.

Le mousquetaire conduit finalement Marie-Anne à Chambord où Louis XIV lui-même veut faire sa connaissance. Complètement ébahie, elle est reçue en tête-à-tête par le roi qu’elle séduit par son intelligence et sa franchise. Il finit par lui révéler sous le sceau du secret les mystères de sa vie. Louis XIV a un jumeau, Philippe, caché dès leur naissance. Sa ressemblance frappante avec leur père Louis XIII a amené Mazarin à le faire enfermer muni de ce fameux masque de fer. Et lors de son évasion, il a probablement péri puisque personne ne l’a jamais revu.

Louis XIV lui explique avoir découvert tout cela des années plus tard. Le sort de ce frère jumeau l’a horrifié et il a voulu tout simplement demander pardon à Marie-Anne, sa nièce. Il lui propose de lui assurer une place de premier rang à la Cour, mais la jeune fille opte pour une retraite paisible à la campagne.

 

L’enfant et le masque de fer a beau être la Nième variation sur ce thème, le roman a beaucoup de charme. L’idée d’une enfant cachée du malheureux frère jumeau est originale, et la personnalité de Marie-Anne est attachante. L’atmosphère de mystère dans laquelle elle grandit, les questions qu’elle se pose, ses rêves de liberté sont fort bien mis en scène par l’auteur.

D’Artagnan joue un rôle central : le mousquetaire, dont l’ombre plane sans cesse au-dessus de la jeune fille, est constamment partagé entre l’affection profonde qu’il porte à celle-ci, qu’il a vue grandir, et ses obligations de geôlier en chef.

On peut évidemment considérer que la chute du roman ne colle pas vraiment avec ce que l’on sait de Louis XIV : la compassion, les remords qu’il témoigne à Marie-Anne ne correspondent guère à sa personnalité. On imagine volontiers que, dans de telles circonstances, il se serait employé à faire disparaître au plus vite les témoins d’un tel secret d’Etat… Mais peu importe : extrêmement bien écrit, ce roman sans prétention se lit de bout en bout avec grand plaisir.

 

Extrait du chapitre 14 La lettre

Ma très chère fille,

(Philippe) et moi, nous venions de célébrer nos fiançailles à Saint-Malo lorsqu’un homme escorté de mousquetaires est venu le chercher sur ordre du roi. Il devait partir aux Amériques pour une importante mission...

Cet homme, c’était le comte d’Artagnan.

Quelque temps plus tard, d'Artagnan m’a apporté une lettre de Philippe. Il écrivait qu’il se trouvait dans un fort militaire et que j avais l’autorisation de lui rendre visite. Si j’acceptais, le comte viendrait me chercher avec une voiture. Bien que fort surprise, j’ai accepté, bien sûr. Car ce que personne ne savait, c’est que je portais un enfant de Philippe. Cet enfant, c’était vous, Marie-Anne.

D’Artagnan et moi, nous avons roulé pendant plusieurs heures, rideaux fermés. Quand la voiture s’est arrêtée, nous étions devant le pont-levis d’un petit fort, bâti sur un rocher, entouré par la mer de trois côtés.

À ce moment, le comte m’a dit que Philippe n’était pas parti pour les Amériques. Pour l’instant, il était consigné dans ce fort. J’avais le droit de le rejoindre. Mais attention: si j’y pénétrais, je serais obligée de demeurer avec lui jusqu’au jour où il en sortirait.

En voyant mon étonnement, d’Artagnan m’a assuré que Philippe n’avait commis nulle mauvaise action, mais qu’il devait demeurer là pour des raisons de sécurité.

Je ne comprenais pas. Je n’ai jamais compris. D’Artagnan m’expliqua que si j’acceptais nous serions tous deux logés et nourris. Et que rien, à part la liberté, ne nous serait refusé.

J’ai répondu que j’aimais Philippe et que ma place était près de lui. Alors, on m’a fait entrer dans la forteresse et d’Artagnan m’a présentée au gouverneur.

Celui-ci m’a conduite au pied d’un gros donjon. Il a tiré le verrou de la porte et m’a dit que Philippe se trouvait à l’étage. Je n’avais qu’à monter et à tirer le verrou d’une seconde porte que je trouverais au haut de l’escalier.

(…)

J’ai frappé et ouvert la porte.

Un homme assis tenait entre ses jambes une viole de gambe. Il s’est levé, s’est retourné. . . Il a crié mon nom.

Un masque de fer brillant était plaqué sur le haut de son visage. J’ai reconnu sa voix, ses yeux, sa bouche : c’était Philippe.

 


 

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