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Les trois gendarmes
Parodie en un acte et en vers des Mousquetaires de MM. A. Dumas et Maquet

Gabriel Richard
Charles Monselet

11 pages
1846 - France
Humour - Pièce de thêatre

Intérêt: 0

 

Les "héros" de cette parodie sont les trois gendarmes - au nombre de quatre - Feignant, Caramel, Fortos et Pathos. Ils affrontent le couple formé de Mordonc et Milady Bacchanal.

Les péripéties sont grand-guignolesques: les gendarmes arrêtent Milady, celle-ci se fait libérer par Feignant, Mordonc tente d'empoisonner les gendarmes à la mort-aux-rats, ils le jettent à la Seine, l'en retirent et tout le monde se réconcilie.

Le pastiche est particulièrement grossier. Les noms mis à part, ni les personnages, ni les scènes de ce court divertissement ne renvoient réellement aux aventures des mousquetaires.

Extrait de la scène 2

FEIGNANT, PATHOS, FORTOS, CARAMEL

FEIGNANT
Ah! cette trahison anime ma colère!
Pathos sur son séant demeure assis par terre.

CARAMEL
Cher Pathos! serais-tu fourbu comme un cheval?

FORTOS.
Je vais le relever.
(Il manque tomber)
Comment ça va-t-il?

PATHOS
Mal

CARAMEL
Il t'a pris par derrière?

PATHOS.
Oui.

FEIGNANT.
Le trait est pendable.
Qui de nous ne se plaint, Messieurs, du misérable?
L'infâme, l'autre jour, à mon chapeau flétri
Mit, au lieu de cocarde, un pied de céleri.

CARAMEL
Raillant de notre corps la dignité suprême,
Il enduisit le mien de fromage à la crème.

FORTOS
Faisant un tour discret dans un coin du jardin,
Hier, je vis mes habits disparaître soudain....
Mordonc les emportait: il les jeta, le traître,
Dans la Seine qui coule au pied de la fenêtre;
Pour me couvrir un peu ne laissant près de moi
Qu'un sabre - qui fut loin de remplir cet emploi.

FEIGNANT
A toi, n'a-t-il pas fait, Pathos, un autre outrage?

PATHOS
Si.
(Il exprime par geste que Mordonc lui a donné un coup de pied quelque part)

FEIGNANT
Cette pantomime a redoublé ma rage.
Si Pathos ne dit rien, il n'en pense pas moins.
A nous venger tous quatre employons tous nos soins;
Mordonc n'a qu'à se bien tenir.

FORTOS
C'est un fier drôle
A qui j'aurais démis volontiers une épaule
Fracassé quelque membre ou brisé quelques os,
Saperlotte!

FEIGNANT
Contiens cette fougue, Fortos.
Chacun de nous connaît ta vigueur musculaire.
Tu mangerais un boeuf - si l'on te laissait faire;
Mais ton esprit est lourd presque autant que ton bras;
Tu ne songes à rien qu'à faire six repas
Par jour.

FORTOS
Je l'avouerai: je suis veuf, à mon aise,
Gourmand comme quatorze et buveur comme seize;
Je fends tout seul mon bois et je porte cinq cents;
Et lorsque je m'amuse à flâner dans les champs,
Je déracine un arbre ou j'assomme une bête;
Enfin, je suis très fort - et pourtant, je m'embête!

FEIGNANT
D'où vient cela, Fortos?

FORTOS
J'ai de l'ambition.

CARAMEL
Rêves-tu, par hasard, la députation?

FORTOS
J'ai toujours désiré d'être sergent de ville.

FEIGNANT
Tu le seras. Pour moi, je demeure tranquille;
Pourvu que je sois gai, que je me porte bien,
Que ma bourse soit pleine - il ne me faut plus rien;
J'ai de beaux souvenirs d'amour, et, sans envie,
Je descends en riant le fleuve de la vie.
- Mais toi, beau Caramel, des gendarmes la fleur,
Lovelace en tricorne , autrefois voltigeur,
Faublas en baudrier jaune, objet de cent flammes,
Pourquoi cet air rêveur?

CARAMEL
Moi, je pense-z-aux femmes!
Je ne rêve qu'à ça, je n'adore que ça;
Et trop souvent, hélas! l'amour me tracassa.
(Ici, Mordonc paraît à une porte opposée, et donne un coup à Pathos)

MORDONC
Et de deux!

PATHOS
Oh!

FEIGNANT
Quoi donc? pourquoi ce cri funeste?
(Pathos frotte l'endroit blessé)

Ne réponds pas, Pathos; je devine à ton geste.
Contre cet ennemi, tous nous nous liguerons;
Car ce n'est pas pour rien que dans nos escadrons,
Nous voyant tous les quatre unis en frères d'armes,
On nous a surnommés jadis les trois gendarmes!
Donnez-moi votre main. - Fraternel serrement!
De tes amis, Pathos, écoute le serment:
(il lui arrache son mouchoir au moment au moment où il le portait à son nez)
Jurons sur ce mouchoir troué qui nous rassemble,
De ne pas nous quitter...

CARAMEL
Et de rester ensemble!

FEIGNANT
Et si l'un de nous doit, être faible et mou, choir,
Qu'il se souvienne alors du serment du mouchoir!
Chers amis! si j'en crois un rayon qui m'éclaire,
Cette noble union deviendra populaire:
Elle sera chantée un jour sur tous les tons,
Et l'on en écrira des romans-feuilletons!

CARAMEL
Et puis on en fera pour le théâtre une oeuvre...

FORTOS
Avec douze décors!

FEIGNANT
Et rideau de manoeuvre!
(Silence d'enthousiasme. On entend frapper à droite)

CARAMEL
On frappe à côté.

FEIGNANT
C'est Milady Bacchanal.

MILADY, en dehors.
Je m'ennuie; il fait froid...

FORTOS
Ça nous est bien égal!

FEIGNANT
Montrons quelques égards pour ce sexe fragile;
Et, pendant qu'emboîtant le pas tous à la file,
Vous presserez l'apprêt de notre déjeuner,
Je vais voir cette femme et la morigéner.

FORTOS
Voilà ce que j'appelle une parole sage.
Car j'ai faim, sacrebleu! comme un anthropophage.
(Pathos, Fortos et Caramel sortent)


 

 

 

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