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A Normand Tale
L'ânesse
volante
Allongée sur une chaise longue, au
pied d'un pommier, mémé Jeanne faisait la sieste.
Sans oser la déranger, les deux petites, Maud et Claire,
s'ennuyaient terriblement. Les "grands" étaient
partis sans elles en excursion et les avaient laissées
à la ferme sous la garde de leur grand-mère.
Désoeuvrées, les deux gamines
se dirigèrent en traînant les pieds vers l'écurie.
Il faisait chaud et Camomille, l'ânesse, paraissait tout
aussi endormie. Cependant elle accueillit gentiment les enfants.
Elle n'était jamais lasse de leurs caresses. La prenant
par le licol, Maud et Claire l'entraînèrent dans
la cour. Claire qui était la plus hardie, escalada la
barrière et de là se glissa sur le dos de Camomille.
Maud la rejoignit aussitôt. Camomille était de bonne
composition et se mit à les promener doucement au pas....
Les petites se laissaient bercer et bientôt elles dodelinaient
elles-aussi. Quand soudainement - allez savoir quelle mouche
piqua l'ânesse! - elle pointa ses deux oreilles en avant
en position aérodynamique et prenant un petit élan
s'élança droit vers la barrière.
Camomille ne sauta pas, elle s'envola carrément.
Terrifiées, les deux gamines se cramponnaient à
sa crinière puis elles osèrent relever le nez.
C'était trop drôle de survoler la ferme et ses toits,
de passer au dessus de mémé Jeanne toujours assoupie...
Clairese pencha à l'oreille de l'ânesse et souffla
: "Si on allait à la vallée des Nains..."
La vallée des Nains, c'était le nom que leur mère
donnait à la vallée de Clécy quand ils la
regardaient, comme vue d'un avion, du haut de la falaise verticale
qui la domine.
L'ânesse et les enfants décrivirent un grand virage
au dessus de l'Orne. Tout était en place par ce beau jour
d'été. Des kayaks-jouets, de toutes les couleurs,
descendaient la rivière miniature. Des nains en familles
se promenaient sur ses bords en mangeant des glaces. Un fermier
modèle réduit travaillait sur son minuscule tracteur
dans son champ de poche à la limite de sa toute petite
ferme où il gardait des vaches lilliputiennes.
Au bout d'un moment, l'ânesse volante
commença à attirer l'attention. Maud jugea bon
de s'éloigner : "Allons au haras d'Ouilly, suggéra-t-elle,
rendre visite aux chevaux de course..." A quelques kilomètres
de là, des juments et leurs poulains paissaient dans un
herbage. Nos amies se posèrent à quelque distance
d'eux.
Camomille voulait se reposer. Maud et Claire
se laissèrent glisser dans l'herbe, coururent un peu après
les sauterelles avant de s'allonger et de s'endormir à
leur tour. Elles furent réveillées par les poulains
curieux, venus les flairer. Leurs mères se tenaient légèrement
à l'écart. D'ordinaire, ces élégantes
juments auraient snobé Camomille, l'ânesse. Seulement
celle-ci disposait d'un "pouvoir" vraiment intéressant.
Et chacune secrètement imaginait déjà son
poulain, devenu grand, volant de victoire en victoire. Elles
engagèrent la conversation. L'une d'elles laissa entendre
qu'elle descendait de Pégase, le cheval volant...
Pendant que les adultes bavardaient, les enfants
s'étaient mis à jouer à "pris-pris".
Les poulains faisaient semblant de se laisser approcher et au
dernier moment s'éloignaient d'un écart. Maud et
Claire s'amusaient follement quand elles aperçurent les
employés du haras qui venaient rechercher les chevaux.
L'heure avait tourné. Camomille et
les petites décidèrent de rentrer elles-aussi.
A cent mètres de la ferme, elles se posèrent incognito
derrière une haie et franchirent à pied, mine de
rien, la barrière de la cour. Devant leur air faussement
boudeur, la maman qui était de retour, voulut les consoler:
"Vous vous êtes ennuyées, mes pauvres chéries...
allons, la prochaine fois, nous vous emmènerons !"
Maud, Claire et Camomille rirent sous cape.
Véronique de Jacquelot
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