France
1936
Dans l’avant-dernier numéro de son journal D’Artagnan
paru le 2 juillet 1868, Dumas publie un article dans
lequel il raconte comment il fit la connaissance d’un
producteur de cognac, Joseph Etournaud (maison Joseph
Etournaud & C° fondée en 1859), qui lui fit visiter
ses caves, goûter un cognac de 1807 et lui détailla ses
« trucs » de négociant : «
Voilà comment
s’y prend Mr Etournaud. Deux mois avant la
récolte il fait une tournée dans le Cognançais. Il a
soin de garnir ses poches de billets de banque. Deux
mois avant la récolte le paysan est à sec. Dix
mois de privation l’ont conduit à déterrer sa dernière
pièce d’or. Alors il propose de traiter la récolte sur
pied. Il est reçu comme Dieu apportant la manne
aux Israélites. Et tout en rendant service à des
braves auxquels il escompte les deux ou trois derniers
mois de l’année, il fait de son côté une
excellente affaire. »
En décembre 1936, un autre Joseph Etournaud créé la
cuvée Alexandre Dumas, en souvenir de cette rencontre.
La publicité éditée à Bordeaux par Delteil fils frères
(actifs dans les années 1920-1930), nous montre un Dumas
sirotant un verre du meilleur cognac en écrivant
quelques pages dans une parfaite décontraction, et lui
fait dire que le cognac Etournaud est «
la
liqueur préférable à toutes les liqueurs ».
Mieux que cela, cette liqueur, source de créativité pour
l’écrivain, lui inspire le roman des
Trois
mousquetaires, pourtant écrit plus de vingt ans
avant l’anecdote. Il est cocasse d’associer Dumas à une
eau-de-vie, ce dernier précisant dans le même article
qu’il est «
pauvre buveur malgré l’excellence du
breuvage », détail qu’il a maintes fois
mentionné dans ses écrits autobiographiques.
Delphine Dubois
Collection Dubois-Milet