Le journal d'un prisonnier
Nicolas Sarkozy
216 pages
Fayard - 2025
- France
Récit
Intérêt : *
Note liminaire: quelle
plus belle consécration pour un site
consacré aux pastiches que d’être lui
même pastiché? C’est ce que fait cette
fiche sur "Le journal d’un prisonnier"
de Nicolas Sarkozy. Ce texte a été
écrit par l’intelligence artificielle
Claude d’Anthropic.
Dans un premier temps, il a été
demandé à l’IA de lire un certain
nombre de fiches de pastichesdumas
pour en assimiler la construction, le
style et l’esprit. Dans un second
temps, elle a été chargée d’écrire une
fiche sur le livre de l’ancien
président de la République, en le
traitant comme si ce dernier avait
voulu en faire un remake du "Comte de
Monte-Cristo". Mission accomplie de
manière étonnante. Et l’on découvre
qu’une IA peut avoir le sens de
l’humour…
Merci à Cédric de Jacquelot pour
cette idée et sa mise en œuvre.
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Voici sans doute le pastiche le plus audacieux
jamais tenté du Comte de Monte-Cristo
: un remake en temps réel, rédigé dans les
conditions mêmes de la détention, par un
auteur qui pousse le mimétisme jusqu'à
incarner physiquement son personnage. On
admirera le dévouement, sinon le résultat.
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Couverture,
version originale
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Quatrième
de couverture, version pastiche
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Le concept de départ ne manque pas
d'originalité. Là où Dumas imaginait un marin
marseillais enfermé quatorze années au château
d'If, Sarkozy propose une variation
contemporaine : un ancien président de la
République incarcéré vingt jours à la prison
de la Santé. Le ratio — environ 1:250 —
témoigne d'une ambition de condensation
narrative qui n'est pas sans rappeler les
adaptations théâtrales les plus audacieuses du
roman original.
La transposition géographique mérite
attention. Au château d'If battu par les vents
méditerranéens, l'auteur substitue un
établissement du XIVe arrondissement de Paris.
Si l'on perd le pittoresque maritime, on gagne
en métaphore : la Santé, pour un homme
politique, n'est-ce pas précisément ce qui lui
fait défaut? Le lecteur appréciera cette
ironie involontaire.
Comme chez Dumas, le héros clame son innocence
avec une constance admirable. La comparaison
avec Dreyfus, explicitement revendiquée,
surprend. Non par son audace — l'auteur nous y
a habitués - mais par son imprécision. Dreyfus
était innocent. Dantès était innocent.
L'auteur, lui, est en appel. Ce n'est pas tout
à fait la même chose, mais la nuance semble
lui échapper.
L'un des aspects les plus fascinants de ce
pastiche réside dans le traitement du
personnage de l’abbé Faria. Chez Dumas, ce
vieux savant transmet à Dantès un trésor et
une éducation qui feront de lui Monte-Cristo.
Chez Sarkozy, ce rôle semble dévolu à
l'aumônier de la prison, rencontré lors d'un
office dominical. Hélas, la transmission se
limite à quelques paroles de réconfort. On est
loin des langues anciennes, de la chimie et
des secrets enfouis. L'abbé Faria mourait en
léguant un trésor ; l'aumônier de la Santé
repart avec le plateau-repas.
La question du trésor, centrale dans l'œuvre
de Dumas, reçoit ici un traitement paradoxal.
Le héros de Sarkozy possède déjà sa fortune
avant son incarcération, ce qui prive le récit
de toute dimension d'ascension sociale. Plus
problématique encore : là où Dantès découvrait
les richesses du cardinal Spada après son
incarcération, Sarkozy est accusé d'avoir reçu
celles du colonel Kadhafi avant. L'inversion
chronologique est totale. Dans la version
originale, la prison précède le trésor; dans
ce remake, c'est le trésor qui mène à la
prison. On appréciera cette audace
structurelle — à défaut de pouvoir l'applaudir
sur le plan judiciaire.
Le passage obligé de toute réécriture de Monte-Cristo
— la métamorphose du héros — souffre ici d'une
faiblesse structurelle. Edmond Dantès entrait
au château d'If jeune marin naïf et en
ressortait comte tout-puissant,
méconnaissable. Nicolas Sarkozy entre à la
Santé ancien président de la République et en
ressort... ancien président de la République.
La transformation promise par le titre ne
s'opère guère. Tout au plus note-t-on une
légère prise de poids, l'exercice physique en
cellule ne compensant pas, semble-t-il,
l'ennui de la détention.
Le thème de la vengeance, moteur du roman de
Dumas, traverse néanmoins l'ouvrage. L'auteur
dresse une liste de ses ennemis — magistrats,
journalistes, anciens alliés devenus tièdes —
avec une minutie qui n'est pas sans rappeler
les carnets où Monte-Cristo consignait ses
plans. Toutefois, là où le comte agissait avec
une patience infinie, déployant ses
machinations sur des années, Sarkozy semble
miser sur une stratégie plus directe : le
procès en appel prévu en mars 2026. On
regrettera ce manque d'ambition dramaturgique.
La dimension politique du récit constitue
peut-être l'apport le plus original de ce
pastiche. Monte-Cristo se tenait soigneusement
à l'écart des querelles partisanes de la
monarchie de Juillet ; Sarkozy, lui, ne peut
s'empêcher de commenter la dissolution de
l'Assemblée nationale, le front républicain,
ses relations avec Marine Le Pen. Ces
digressions, si elles nuisent à l'unité du
récit, offrent un éclairage sociologique
inattendu: nous découvrons un Monte-Cristo qui
aurait des opinions sur la politique
migratoire, le pouvoir d'achat et les erreurs
stratégiques d'Emmanuel Macron. On imagine
Dantès, entre deux empoisonnements, commentant
les ordonnances de Louis-Philippe sur les
céréales.
Un mot sur le style. L'auteur a manifestement
travaillé dans l'urgence — le livre paraît un
mois après la libération — et cela se sent. Là
où Dumas déployait des descriptions
luxuriantes du palais de Monte-Cristo, Sarkozy
se contente de noter que sa cellule fait neuf
mètres carrés et que le gris y domine.
L'économie de moyens confine parfois à
l'indigence. On cherche en vain l'équivalent
des dîners somptueux offerts par le comte à
ses futures victimes; on trouve en revanche
plusieurs considérations sur le bruit des
portes métalliques.
La fin du récit pose un problème que l'auteur
n'a manifestement pas résolu. Monte-Cristo
s'éloignait vers l'Orient avec Haydée,
laissant à Maximilien et Valentine ce
testament philosophique : « Attendre et
espérer. » Sarkozy, lui, sort de prison
par décision de la cour d'appel et se retrouve
sous contrôle judiciaire - une situation qui
manque singulièrement de panache. L'épilogue
reste à écrire, ce qui laisse présager une
suite. On frémit à l'idée d'un Fils de
Sarkozy ou d'un Trésor de Neuilly.
En définitive, ce Journal d'un prisonnier
constitue une curiosité littéraire plus qu'une
réussite artistique. L'ambition était
démesurée : réécrire Monte-Cristo en
vingt jours, depuis une cellule, sans le recul
nécessaire. Le résultat tient davantage du
journal intime plaintif que du grand roman de
la vengeance. On conseillera aux amateurs de
Dumas de s'en tenir à l'original, et aux
amateurs de Sarkozy de patienter : le procès
en appel, prévu en mars 2026, promet des
rebondissements autrement plus dramatiques. La
suite, si elle est écrite, s'intitulera
peut-être Attendre et faire appel.
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