Ada, fille de Monte-Cristo, tome 2 Le Fantôme de Marseille
Bertrand Puard
208 pages Poulpe Fictions - 2026 - France Roman
Intérêt: *
Enchaînant directement sur un
premier volume des aventures d’Ada, fille de
Monte-Cristo, le tome 2 Le fantôme de Marseille
voit les deux jeunes héros, Ada et Edmond Morrel, arriver
à Marseille pour enquêter sur Albert de Morcerf et
retrouver ainsi la trace de Monte-Cristo et Haydée. Ils
débarquent en pleine campagne électorale pour les
municipales, où bizarrement, les candidats multiplient
meetings et affichages dans les rues alors que le maire
est désigné par le seul préfet.
Albert de Morcerf,
citoyen éminent de la ville, est candidat. Afin de
l’approcher, Edmond se joint à ses militants, tandis
qu’Ada fait de même chez son adversaire Aristide Puzzo.
Ils comprennent vite qu’Albert trempe dans de multiples
trafics, mais qu’il est un simple homme de paille d’une
certaine Beatrize Faria, qui vit cachée dans un immense
palais sur les hauteurs de Marseille. Cette femme
richissime et toute puissante n’est autre que la sœur de
l’abbé Faria…
Simultanément, les deux ados constatent qu’un mystère
terrifie les habitants de la ville: un fantôme hante des
immeubles du centre, jusqu’à faire fuir les habitants. Un
certain nombre de bâtiments se retrouvent donc vides. Ada
et Edmond devinent que Morcerf est impliqué. Ils
découvrent une machination pour récupérer ces immeubles et
s’en servir pour établir des passages souterrains destinés
à faciliter des trafics de tabac, alcool, armes et autres.
Le tout est monté par une redoutable organisation secrète,
la Voile noire, dirigée par Albert de Morcerf et Beatrize
Faria.
Durant leur enquête, ils entrent en contact avec Letizia
Bertuccio, qui se révèle être la petite-fille de l’ancien
intendant de Monte-Cristo, elle-même à la recherche de son
père, disparu récemment dans ces circonstances suspectes.
Les trois ados font alliance.
Ils percent à jour les machinations de Morcerf et Faria,
délivrent le père de Letizia, font éclater la culpabilité
de Morcerf qui est arrêté. Beatrize Faria s’enfuit après
leur avoir dit que Monte-Cristo serait exécuté quinze
jours plus tard. Ada et Edmond partent à Rome pour
affronter Danglars dans le tome 3 et tenter de sauver in
extremis Monte-Cristo et Haydée.
Formaté pour les jeunes ados, ce volume se lit facilement
tout comme le premier, avec des descriptions ou des
évocations gastronomiques réussies. On y retrouve là aussi
de multiples références au Comte de Monte-Cristo
plus ou moins bienvenues. L’apparition de la petite-fille
de Bertuccio est bien menée (voir extrait ci-dessous). En
revanche, celle de la sœur de l’abbé Faria est plutôt
étrange. On ne comprend pas d’où vient sa colossale
fortune ni pourquoi elle est devenue une sorte de génie du
mal qui hait Monte-Cristo parce qu’il aurait volé le
trésor de son frère l’abbé. Et une sorte de prologue qui
met en scène Monte-Cristo lui-même dans sa prison de
Constantinople montre que le comte jadis tout puissant
n’est plus que l’ombre de lui-même: on le voit faire une
tentative d’évasion lamentable, qui tourne court au bout
de quelques minutes. A noter que le jeune Alexandre (futur
Alexandre Dumas), qui jouait un rôle important dans le
premier volume, ne fait ici qu’une brève apparition. Mais
on sait qu’on le retrouvera à Rome dans le troisième et
dernier tome, où l’on apprendra comment (il n’y a guère de
doute quant au « si ») Ada délivre ses parents
avec l’aide de ses amis.
Extrait du chapitre 7
La lampe baissait encore, et leurs ombres s'allongeaient
sur le mur, quand Edmond, cherchant un endroit où poser sa
veste humide, aperçut dans un coin de la pièce une besace
de chasse en cuir, suspendue à un clou. Il s'en approcha
machinalement et, du bout des doigts, redressa le rabat.
Sur la lanière, un nom avait été soigneusement brodé avec
du fil sombre.
— Bertuccio, c'est le nom de ton cousin ? demanda-t-il en
se tournant vers Letizia.
Elle leva les yeux, surprise.
— C'est aussi le mien, répondit-elle.
Ada marqua le coup. Le nom venait de la frapper comme
l'aurait fait la foudre.
— Giovanni Bertuccio..., murmura-t-elle. C’était le nom du
majordome de mon père, il y a vingt ans.
Letizia se redressa vivement.
— Mais alors, ton nom est Dantès ! Ada Dantès,
s’exclama-t-elle. On m'a tant parlé de toi ! Tu es la
fille de... Monte-Cristo!
Un silence lourd tomba un instant sur la petite pièce. Ce
n'était pas une simple coïncidence : l'ombre du comte de
Monte-Cristo s'étendait décidément là où ils devaient
passer.
— Nous sommes donc presque de la même famille,
reprit-elle. Si tu es la fille d'Edmond Dantès... Mon
grand-père, Bertuccio, était le confident de ton père. Son
meilleur ami, je pense.
— Et Edmond est le fils de Maximilien Morrel, l'autre
grand ami de mon père, ajouta Ada. Nous sommes
effectivement bien en famille, ici, oui.
— Et ton grand-père, il se porte bien ? demanda
l’adolescent.
Le regard de Letizia se voila aussitôt.
— Il est mort il y a deux ans, répondit-elle d'une voix
plus basse. Un accident de chasse, ont-ils dit, dans les
montagnes autour de Rogliano.
Elle marqua une pause, puis ajouta :
— Mais moi je pense plutôt à une exécution. Peut-être
commanditée par Benedetto.
Un silence les enveloppa. Chacun, à sa manière, mesurait
ce que cela signifiait: ils n'étaient pas seulement trois
adolescents aux prises avec des combines municipales, un
fantôme et un bateau disparu avec ses passagers. Ils
marchaient sur les traces d'une histoire qui avait
commencé bien avant eux, dont ils n'étaient que la suite.
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