La protégée de d’Artagnan
George Fronval
49 pages Paris-Dakar - 1951 - France Roman
Intérêt: 0
La protégée de d’Artagnan existe sous au moins
deux versions. D’une part une nouvelle
publiée en 1945 sous la signature de Gabriel
Fersen, agrémentée de très belles illustrations
d’Etienne Le Rallic. D’autre part le court roman dont il
est question dans cette fiche, publié en 1951 par le
quotidien Paris-Dakar sous la signature de George
Fronval. L’histoire est la même, ce qui n’a rien
d’étonnant: Gabriel Fersen est l’un des nombreux
pseudonymes utilisés par George Fronval (Fronval étant
lui-même le principal pseudonyme de Jacques Garnier).
Une question se pose
quant à la chronologie des deux versions. La nouvelle
publiée en 1945 ressemble fort à une version nettement
abrégée du roman de 1951. Cela expliquerait son
caractère incohérent, l’absence d’explications
essentielles sur l’intrigue, etc. Le quotidien
Paris-Dakar, publié à Dakar, a beau proclamer que La
protégée de d’Artagnan est un « grand
roman inédit », ce roman aurait dans cette
hypothèse déjà été publié avant 1945. A moins que George
Fronval n’ait écrit en premier une nouvelle bâclée puis
décidé quelques années plus tard de la développer aux
dimensions d’un petit roman.
Quoi qu’il en soit, le texte est consternant dans les
deux cas. La version « roman » est donc parue
dans Paris-Dakar du 17 août au 13 octobre 1951.
L’histoire commence un soir de Noël à Paris. Sortant
d’un dîner très arrosé, d’Artagnan et ses trois amis
trouvent un bébé fille abandonné avec un petit mot de la
mère disant qu’elle a peur pour sa fille menacée par des
inconnus, et qu’elle « la confie au destin ».
Bien embarrassés, les quatre mousquetaires, qui se sont
immédiatement attachés à la fillette, la confient à des
paysans amis près de Paris, après l’avoir baptisée
Noëlle. Des années durant, ils vont régulièrement la
voir, paient sa pension, etc. Seize ans plus tard, la
fillette est devenue une belle jeune fille. Le couple de
paysans ne pouvant plus la garder, d’Artagnan et Athos
la conduisent en province chez une vieille tante de ce
dernier qui veut bien s’en occuper. C’est le moment que
choisissent de louches personnages pour s’intéresser de
près à la demoiselle. On comprend que seize ans plus
tard, ils sont toujours à ses trousses.
D’Artagnan se trouve à
affronter en duel leur chef, le blesse à la main et le
laisse partir sans rien lui demander (!). Un peu plus
tard, Noëlle est enlevée. Les mousquetaires perdent sa
trace du côté d’Orléans. Dans une réception mondaine
chez un grand seigneur d’Orléans, d’Artagnan voit un
homme qui a la main bandée: bon sang mais c’est bien
sûr, c’est le chef des méchants. Le mousquetaire le tue
en duel et délivre la jeune fille. Il la ramène dans la
soirée mondaine où il raconte l’aventure à l’assemblée.
Une femme s’évanouit: bon sang mais c’est bien sûr
(bis), c'est la mère de Noëlle! (voir ci-dessous)
Quelques explications confuses permettent de comprendre
qu’il y avait derrière tout cela une histoire d’héritage
pour récupérer les biens (évidemment immenses) dont
Noëlle était la légitime propriétaire. Mère et fille se
retrouvent et se promettent un bonheur éternel,
d’Artagnan s’en va tout mélancolique parce que Noëlle,
qu’il aimait comme sa fille, n’est plus toute à lui…
L’histoire, on le voit, est sérieusement indigente.
Présenté par le quotidien comme un « roman de
cape et d’épée », La protégée de
d’Artagnan comporte curieusement peu de scènes de
combat. S’il y a de nombreuses scènes d’action, c’est
autour des tables d’auberges. Les quatre mousquetaires
passent leur temps à se bâfrer lors de repas décrits
avec force détails. L’ensemble reste dépourvu de tout
intérêt. Mieux vaut se reporter à la version courte, au
texte encore plus consternant, mais qui bénéficie
d’abondantes et superbes illustrations.
Merci à Mihai-Bogdan
Ciuca de m’avoir procuré ce texte.
Extrait de la livraison du 10 octobre 1951
Tout le monde écoutait,
attentif, ne perdant une seule de ses paroles (de
Noëlle), comme chacun avait suivi avec intérêt, le récit
de d’Artagnan.
Soudain un des auditeurs poussa un cri.
Une dame, qui se trouvait à ses côtés, venait de
défaillir. Le visage blême, elle s'était laissée aller
et son voisin n'avait eu que le temps. de tendre les
bras pour la recevoir.
Le Gentilhomme auquel on prêta assistance, s'exclama :
- Messieurs, voici Mme de Rivesac qui se trouve mal.
Un fauteuil fut approché. On y installa la malade,
tandis que M. de Colleville demandait à l'assistance de
s’écarter afin de permettre à la malade d'avoir un peu
plus d’air.
Athos ayant fouillé dans une poche de sa tunique en
sortit un petit flacon de cristal. Ayant débouché
celui-ci, il en fit sentir le contenu à Mme de Rivesac
qui, aussitôt, réagit. Sous l'effet des sels, sa
respiration devint plus forte et ses joues se colorèrent
légèrement.
Bientôt, elle revenait à elle. Entr'ouvrant les yeux,
elle poussa un long soupir et, tandis que ses mains se
crispaient sur les bras du fauteuil, elle marmonna d'une
voix à peine perceptible :
- Excusez-moi mes amis pour cette défaillance.
M. de Fonsac tint à passer un peu de vinaigre doux sur
les tempes de la malade qui peu à peu, reprenait ses
esprits.
Serrant entre ses doigts son mouchoir de fine batiste,
elle voulut se lever, mais ses forces, à nouveau
l'abandonnèrent. Un cordial lui fut servi. Sous
l'influence de la bienfaisante liqueur, son malaise,
entièrement se dissipa.
Un triste sourire sur les lèvres, une fois encore, elle
pria l'assistance de lui pardonner ce contretemps
fâcheux.
Puis, après un silence, elle déclara :
- J’ai moi aussi, quelque chose à vous dire.
D'Artagnan, Noëlle et tous les autres se rapprochèrent
d'elle. Elle poursuivit:
- M. d'Artagnan, vous avez bien dit tout à l'heure que
parmi les langes de l’enfant que vous avez trouvée sous
le porche de St Germain l'Auxerrois, il y avait un
billet signé de deux initiales.
- Oui, répondit le Mousquetaire. Ces initiales étaient
P. R.
- Et le bébé portait au cou, attaché à une mince
cordelette, la moitié d'une pièce d’argent ?
- C’est exact! acquiesça d'Artagnan qui, comme toutes
les personnes présentes, se demandait où voulait en
venir Mme de Rivesac.
Celle-ci, fouillant dans une bourse en soie, en sortit
un minuscule objet, qu'elle tendit au Gascon.
- Tenez. M. d'Artagnan, voici l'autre moitié de la
piécette d'argent.
Ce fut un étonnement général.
Personne ne s'attendait à un tel coup de théâtre.
Le Mousquetaire se saisit du morceau de métal et le
contempla stupéfait.
- Ainsi, dit-il d'une voix grave, vous seriez...
Il n'acheva pas sa phrase, mais Mme de Rivesac qui
s'était levée et se tenait devant lui, la termina :
- Celle qui par une nuit de décembre, désespérée, aux
prises avec mille dangers, abandonna son enfant ? Oui...
je suis la mère de Noëlle.
Il y eut un silence impressionnant. Chacun demeurait
cloué par la surprise. Ce fut Noëlle qui, la première
réagit. Les yeux baignés de larmes, elle se précipita
les bras tendus vers Mme de Rivesac qui était comme
désemparée.
- Maman !..
- Mon enfant !…
Ce fut une scène déchirante. Ainsi, après de longues
années de séparation deux êtres chers, enfin se
retrouvaient. Les deux femmes blotties l'une contre
l'autre, toutes deux en pleurs, goûtaient avec émotion,
cet instant miraculeux.
- Ma petite fille!…
- Maman!…
La pauvre femme caressait de ses mains tremblantes, les
boucles blondes, tandis que, radieuse, Noëlle ne cessait
de murmurer:
- J’ai retrouvé ma maman chérie!
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