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La Belle Gabrielle (drame)

Auguste Maquet

156 pages
Michel Lévy Frères - 1857 - France
Pièce de thêatre

Intérêt: 0

 

 

 

Auguste Maquet, le collaborateur de Dumas qui avait travaillé avec lui à la rédaction du roman Les Quarante-Cinq, a écrit seul en 1854 La Belle Gabrielle, suite à peu près directe du livre précédent. Conformément aux habitudes de l’époque, et suivant une pratique très répandue chez Dumas et chez lui, il n’en est pas resté là: trois ans plus tard, en 1857, il a donné une version scénique de son roman. Ce drame en cinq actes et dix tableaux a été « représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 23 janvier 1857 », est-il précisé au début du volume.

Par rapport au très épais roman d’origine, amplement résumé ici, la pièce est fortement élaguée, inévitablement. Le contexte historique, les développements politiques sont tout juste suggérés. L’action est recentrée sur l’histoire d’amour entre Espérance, le héros imaginaire créé par Maquet, et Gabrielle d’Estrées, la maîtresse d’Henri IV. Un amour impossible puisque la belle Gabrielle s’est promise à Henri et n’est pas du genre à tromper son amant. Les deux amoureux transis (ils aiment « leurs âmes » - voir extrait ci-dessous) sont en outre victimes des machinations de l’abominable Henriette d’Entragues, qui veut prendre la place de Gabrielle dans le lit royal.

Tout cela est mené à bride abattue au long des cinq actes, avec d’innombrables personnages et changements de décors. Au point que l’on peut se demander si la pièce était vraiment compréhensible pour des spectateurs n’ayant pas lu le roman. A cet égard, il faut souligner l’ampleur du spectacle: la liste des acteurs et actrices ne comprend pas moins de vingt-huit noms. Sans compter les « Gardes du roi, Gardes de Crillon, un Prévôt, Officiers, Invités, un Témoin, Arnaud, Ecuyer, Franciscains, deux Sentinelles, Seigneurs, Dames, Soldats espagnols, Bourgeois, Pages, Serviteurs, Pénitents, etc. », est-il énuméré !

En tant que suite des Quarante-Cinq, en outre, la pièce est beaucoup moins intéressante que le roman. Dans ce dernier, le lien direct avec le roman de Dumas tenait largement aux rôles très importants tenus par deux personnages clé des Quarante-Cinq, le moine Gorenflot et surtout Chicot. Malheureusement, ils ont tout les deux disparus dans la version scénique.

En définitive, autant le roman de Maquet comporte certains éléments de grande qualité, autant sa version scénique n’a rien de vraiment intéressant.


Extrait de l’Acte III, scène IV

GABRIELLE.
Vous m'aimiez, n'est-ce pas? l'an passé?

ESPERANCE.
Oui.

GABRIELLE, tombant assise sur le banc.
Je m'étais promise au roi.

ESPERANCE.
Est-ce que sans cela vous m'eussiez aimé?

GABRIELLE.
Oui!... Est-ce de l'amitié... Est-ce de l'amour, je n'y cherche pas de différence. Je ne savais pas même que je vous aimasse… Seulement, tout à l'heure, en vous voyant pâlir, je m'en suis aperçue.

ESPÉRANCE.
Quoi! vous m'avez entendu et vous ne me chassez pas?

GABRIELLE.
Pourquoi?... que vous m'aimiez à mille lieues ou ici, qu'importe !... C'est mon âme que vous aimez, puisque ma personne ne peut vous appartenir. Oh! rien ne vous empêchera d'aimer mon âme!... Ne me quittez pas, je n'ai plus d'amis, de soutien... Le roi! Il me trompe, vous le savez mieux que personne. Sans une circonstance imprévue que je ne puis vous dire, j'allais me séparer à jamais de lui et m'ensevelir dans une retraite éternelle : voyez, maintenant, tout ce qui m'entoure; ambitieux que je renverse, ambitieux que je sers, femmes qui envient ma place... vous en connaissez... Ici des perfidies... là, des pièges... un jour le poignard, le poison... voilà ma vie, voilà ma mort! Et je n'aurais pas en vous l'ami qui me consolera, qui m'empêchera de désespérer à mon âge?... Je suis fière, je suis tendre; j'ai de la force pour aimer... n'êtes-vous pas de même et ne donnerons-nous pas à Dieu le spectacle de deux cœurs si chastement unis, si noblement dévoués qu'il ne puisse refuser à notre amitié sainte ses bénédictions et ses sourires ? Oh! depuis quelques heures cette idée a grandi dans mon sein, elle m'a épurée comme une flamme, c'est une joie ineffable. Si vous saviez comme je vous aimerai! vous sentirez les rayons de cette tendresse qui vous ira chercher partout pour vous pénétrer comme un soleil vivifiant. (Se levant.) Songez que mon cœur déborde, que j'ai vingt ans et que je mourrai jeune... Secourez-moi, Espérance, aimez-moi !

ESPÉRANCE.
Vous me demandez là toute ma vie.

GABRIELLE.
Toute.

ESPÉRANCE.
C'était ainsi qu'il fallait me parler pour être comprise. (Se relevant.) Je me donne à vous pour jamais; mon esprit, mon corps et mon âme... prenez... mais voici le marché, je fixe le salaire.

GABRIELLE.
Dites, dites !

ESPÉRANCE.
Vous me parlerez quand vous pourrez, vous me sourirez quand vous ne pourrez m'adresser une parole, et vous m'aimerez quand vous ne pourrez me sourire.

GABRIELLE.
Oh! que Dieu est bon de vous avoir créé pour moi! (Crillon entre avec le Guichetier.) Monsieur de Crillon, venez, venez. Voilà le prisonnier à qui sa liberté tourne un peu la tête, et qui serait tout à fait heureux s'il pouvait vous embrasser. Vraiment, c'est une belle chose que d'ouvrir les portes d'une prison. (Au Guichetier.) Voilà pour toi qui m'y as aidée. (Elle lui donne sa bourse.) Voilà pour les pauvres et les malades de cette maison. (Elle arrache son collier et ses bracelets qu'elle donne.) Jour de joie! jour de largesse! Adieu, chevalier, je vous laisse avec votre ami.
(A Espérance.) Adieu!

ESPÉRANCE.
Merci à ma libératrice!

GABRIELLE.
A Espérance, merci! (Elle sort, puis se retourne sur le seuil, le regarde encore une fois, et part.)

 

 

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