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Ada, fille de Monte-Cristo, tome 1

Bertrand Puard

208 pages
Poulpe Fictions - 2026 - France
Roman

Intérêt: *

 

Note: ce livre est classé à la fois dans la catégorie "suite de Monte-Cristo" et dans celle "Dumas, héros de roman". Sa fiche peut donc apparaître deux fois dans les listes de recherche.

Prolifique auteur de romans pour la jeunesse, Bertrand Puard voue une passion sans limite à Alexandre Dumas qu’il appelle « mon maître ». Après avoir publié deux trilogies pour jeunes ados consacrées à des variations sur le thème des mousquetaires (L’école des mousquetaires et Les enquêtes de Milady), voici qu’il en consacre une au Comte de Monte-Cristo: Ada, fille de Monte-Cristo.

Le roman se passe une quinzaine d’années après la fin de celui de Dumas, sous le règne de Napoléon III. Edmond Dantès, comte de Monte-Cristo, et son épouse Haydée vivent à Constantinople avec leur fille Ada âgée de treize ans. De retour de voyage, ils organisent une grande fête dans leur somptueux palais. Mais celle-ci est brutalement interrompue par l’arrivée de la police qui arrête Monte-Cristo, accusé de complot contre le sultan (en un fidèle remake de l’arrestation d’Edmond Dantès à Marseille). Haydée est enlevée par des inconnus tandis qu’Ada échappe de justesse au même sort. Constatant que son père a été trahi par tout le monde, elle se rend à Paris pour demander l’aide de la seule personne à qui elle peut faire confiance: Maximilien Morrel. Mais celui-ci est en voyage au Brésil avec son épouse Valentine. Ada n’en est pas moins accueillie à bras ouverts par leur fils nommé Edmond qui a le même âge qu’elle.

Ada sait que trois hommes se sont ligués contre son père: Benedetto, qui vit à Paris, Albert de Morcerf à Marseille et Danglars à Rome. Décidée à enquêter pour délivrer ses parents et se venger de tous ces malheurs, Ada s’intéresse à Benedetto. Celui-ci a bien progressé dans la société. Sorti de prison, il est devenu riche et influent en tant que directeur du journal L’Aigle vengeur, un organe de presse très influent au service de Napoléon III.

Pour approcher de Benedetto, Ada ambitionne d’intégrer la rédaction de L’Aigle vengeur. Elle rencontre un autre adolescent qui rêve de devenir journaliste et romancier: un certain Alexandre Labouret… (voir extrait ci-dessous). Ada et Alexandre enquêtent sur une mystérieuse affaire, un gang de « traqueurs de rats » qui terrorise les commerçants de la capitale. Ils résolvent l’affaire avec l’aide du commissaire Auguste Maquet, ce qui leur permet d’écrire un article à sensation et de se faire embaucher par Benedetto.

Entrés dans la place, les deux ados, aidés par Edmond Morrel, s’intéressent à une autre affaire sensationnelle: celle du « vampire d’Auteuil », où des meurtres provoqués par des morsures mystérieuses interviennent dans des chambres closes. Rondement menée, leur enquête démontre la culpabilité de Benedetto lui-même, qui est jeté en prison. Ada n’a pas obtenu d’informations sur le sort de ses parents mais elle a atteint un objectif: se venger de Benedetto. A la fin du roman, elle part pour Marseille avec Albert de Morcerf comme cible. Une histoire qui sera racontée dans le tome 2 Le Fantôme de Marseille dont la parution est annoncée pour début septembre 2026 (avant un troisième et dernier volume situé à Rome et consacré à Danglars).


Écrit spécifiquement pour les enfants à partir d’une dizaine d’années, le livre est typique des romans d’aujourd’hui destinés à cet âge: on y voit une bande d’ados livrés à eux-mêmes, menée par une fille, aussi malins qu’intrépides, qui résolvent en quelques heures des mystères auxquels les adultes ne comprennent rien…

La vraisemblance n’est donc pas la première qualité de l’intrigue, mais celle-ci est bien menée et se lit avec plaisir. Les adultes familiers du roman de Dumas (ce qui n’est sûrement pas le cas de la majorité des lecteurs de Puard) peuvent s’amuser des innombrables références à Monte-Cristo et à Dumas en général. Les premières lignes, avec l’arrivée du yacht du comte à Constantinople, reproduisent fidèlement celles de l’arrivée du Pharaon à Marseille. L’arrestation de Monte-Cristo reflète celle d’Edmond Dantès lors de ses fiançailles. De nombreux personnages portent des noms dumasiens: la gouvernante de la famille Morrel s’appelle Kitty, le précepteur se nomme M. Pailleterie comme le grand-père de Dumas (Davy de La Pailleterie), le commissaire Auguste Maquet comme le collaborateur de l’écrivain.

Quant à l’apprenti journaliste Alexandre Labouret, ce n’est pas un hasard s’il porte le nom de famille de la mère d’Alexandre Dumas: on comprend vite que ce brillant jeune homme n’est autre que le futur écrivain lui-même. Constamment occupé à écrire, ambitieux, curieux de tout, le jeune Alexandre note avidement le récit que lui fait Ada de la vie de son père. Il y voit la matière à un roman qui pourrait bien s’appeler Le comte de Monte-Cristo. Les lecteurs d’Ada, fille de Monte-Cristo ne sont évidemment pas censés avoir lu Dumas auparavant mais le roman intègre un résumé du Comte de Monte-Cristo grâce aux confidences de la jeune fille. Et l’auteur, dans une note finale, exprime le vœu qu’il leur aura donné l’envie de découvrir le chef d’œuvre de son maître.

Si le roman ne leur est pas destiné, les adultes fans de Monte-Cristo pourront apprécier les nombreux clins d’œil lancés par Puard (dont un cryptique « ainsi, on peut ne pas écrire un texte entièrement seul et pourtant s’en attribuer la gloire? Je le retiens » lancé par Alexandre Labouret…). Mais il leur faudra tout de même pardonner à l’auteur une monstruosité: avoir fait d’Albert de Morcerf, le fils de Mercédès, un « méchant »… Ce qui s’explique par la nécessité romanesque de reconstituer un trio d’ennemis avec Danglars, le seul de Dumas encore en activité, et les enfants des deux autres, Benedetto (fils de Villefort) et Albert de Morcerf (fils de Fernand Mondego). Mais tout de même…


Extrait du chapitre 4

Comment Ada allait-elle intriguer pour avoir accès à la rédaction ?

Elle se posait la question et marchait, sans but réel, sur le trottoir et dans la cour, lorsqu'elle aperçut un jeune homme d'à peu près son âge - ou à peine plus - assis par terre, contre le chambranle en pierre moulée d'un porte, et qui griffonnait à une allure folle sur un carnet en papier.

L'adolescent lui inspira immédiatement de la sympathie. Comment l'expliquer ? Peut-être parce que, comme elle, il avait la peau plus foncée que tous ceux qui les entouraient. Le jeune homme avait une allure singulière. Sa chevelure épaisse et bouclée encadrait un visage expressif où brillaient de grands yeux sombres, pleins de curiosité et d'esprit. Son nez, légèrement épaté, affirmait quelque origine créole tandis que ses oreilles, un peu larges mais délicatement ourlées, semblaient toujours à l'affût de quelque secret ou plaisanterie.

Ada vint à sa rencontre.

- Salut, s’annonça-t-elle.

- Salut, répondit-il, sans même lever ses yeux. Tu me laisses terminer ma phrase ?

Elle ne dit rien et le regarda piquer la feuille de son crayon pour poser un point.

(…)

- Tu es journaliste ?

- Bah ! J'écris ou je réécris quelques articles pour L’Aigle vengeur. Ce journal n'est pas ma tasse de thé, comme dirait le duc de Buckingham...

Le jeune homme se pencha vers Ada.

- Il est aux ordres de l'Empereur, et moi, je ne le suis pas…

- Moi non plus, souffla Ada.

- Oh oui, tu n'as pas besoin de le préciser. Je le vois bien. Mais bon... Puisque cela me rapporte quelques francs et de quoi faire vivre ma famille tout en rassasiant ma passion de l'écriture, je prends... Et puis Le Bragelonne, le journal concurrent, n'a pas voulu de moi... au fait, comment t'appelles-tu ?

- Ada, fit celle-ci, en tendant une main que le garçon serra.

- Ce n'est pas commun comme prénom. Tout comme ton visage. Tes yeux surtout.

- Et toi? Quel est ton nom ? demanda-t-elle sans relever.

- Alexandre Labouret.

Il s'inclina.

- Je viens d'arriver à Paris, expliqua-t-elle. Je veux devenir journaliste, comme toi.

Alexandre secoua la tête de dépit.

- Moi, un jour, je serai romancier. Les articles, c'est pour me faire la main, et puis de l'argent aussi, car ma mère en gagne si peu... Mais, bientôt, j'aurai une grande histoire à raconter...


 

 

 

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