Ce mince album est consacré à une nouvelle mettant en
scène les mousquetaires, abondamment illustrée. Des
dessins en noir et blanc ou en couleurs,
alternativement, occupent en effet la moitié environ de
chaque page. En outre, deux grandes illustrations sur
double page complètent le volume.
Cette abondance
d'images est d'autant mieux venue que l'histoire est
d'une rare indigence. Un soir de Noël, les quatre
mousquetaires trouvent un bébé abandonné dans la rue.
Ils baptisent la petite fille Noëlle et la mettent en
nourrice. Seize ans plus tard, des hommes de main s'en
prennent à la belle jeune fille qu'elle est devenue.
D'Artagnan intervient et tue leur chef en duel. Noëlle
retrouve sa mère par hasard et l'histoire s'arrête là,
sans même que l'on apprenne qui étaient les parents de
Noëlle, pourquoi elle a été abandonnée et qui était son
ennemi...
Heureusement, donc, que les illustrations de Le Rallic
sont là. Pleines de finesse et de mouvement, elles font
de La protégée de d'Artagnan un album empli de
charme.
Une version
nettement plus longue a été publiée en 1951 dans
le quotidien Paris-Dakar. L'histoire n'est pas vraiment
mieux et il n'y a pas d'illustrations...
Extrait
Plus
nombreux que de coutume, ce soir-là, les clients se
pressaient dans l'auberge à l'enseigne du "Chapon doré".
C'était là un établissement renommé qui jouissait, dans
le quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois, d'une solide
réputation. On y faisait bonne chère et les vins y
étaient fameux. Parmi les habitués, ceux qui,
régulièrement, venaient à la tombée du jour vider des
gobelets de vin d'Anjou en discourant à haute voix, en
chantant à pleine gorge, se trouvaient quatre solides
gaillards portant l'uniforme des Mousquetaires. Ces
joyeux convives étaient les favoris de l'aubergiste,
bien que leurs bourses fussent plutôt dégarnies. Ils
bénéficiaient d'un large crédit et lorsque Maître Claude
se faisait prier, les quatre Mousquetaires parvenaient à
le faire changer d'avis en prenant des airs menaçants, à
la grande joie des autres clients.
Ces quatre Mousquetaires étaient célèbres, non seulement
dans le quartier, mais aussi dans Paris. On contait
leurs exploits dans les salons du Louvre et jusque dans
les châteaux les plus reculés de la province. Ils
avaient nom Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan.
Ce soir-là, les quatre amis se trouvaient assis autour
d'une table recouverte de victuailles fort
appétissantes. Porthos mettait les bouchées doubles
tandis que ses compagnons se contaient les derniers
potins de la Cour.
Sur une estrade un violoneux raclait son instrument et
jouait des airs entraînants. Dans
l'âtre, des quartiers de venaison tournaient à la
broche, arrosés, de temps à autre, par deux jeunes
marmitons chargés également de surveiller la cuisson des
poulets qui, lentement, rôtissaient. Maître Claude se
montrait empressé et allait d'une table à l'autre,
s'enquérant des désirs de chacun et stimulant l'ardeur
des servantes en frappant dans ses mains.
Que diriez-vous d'une tranche de chevreuil, monsieur
Porthos? A moins que vous ne préfériez du sanglier. J'ai
également quelques cailles et des alouettes.
L'interpellé roulait des yeux étonnés. Il demeurait
indécis. S'il s'écoutait, il commanderait le menu tout
entier.
- Oh! là, aubergiste du diable! lança d'Artagnan,
veux-tu que je te passe ma rapière au travers du corps?
Maître Claude s'avançait tout penaud, tel un chien
battu.
- Qu'y a-t-il, Votre Honneur?
- Il y a que j'ai la gorge terriblement sèche. Qu'as-tu
à nous offrir?
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