D’Artagnan, mousquetaire du Roy La véritable histoire de Charles de Batz de Castelmore
Guy Sabran (illustrateur) Rodolphe Thierry
192 pages Bibliothèque Rouge et Or - 1949 - France Roman
Intérêt: 0
Exemple typique, parmi de nombreux autres, de livre
prétendant raconter la vie du «vrai» d'Artagnan, mais le
faisant de façon à peu près aussi romancée et
fantaisiste que Dumas - l'imagination et le talent en
moins, bien sûr.
En l'occurrence, l'auteur de cet
ouvrage destiné à la jeunesse affirme lui-même, dans son
avant-propos, qu'il laisse «à la réalité et à la
tradition romanesque la part qui leur revient». Il en
résulte une succession décousue d'anecdotes dont
l'altercation à l'auberge de Saint-Dyé, où d'Artagnan se
fait un ennemi pour la vie du sieur de Rosnay, la
rencontre avec les trois mousquetaires Portau, Aramitz
et Athos, le siège d'Arras, l'enlèvement d'une jolie
aubergiste, etc...
A noter: une assez longue scène sur l'amitié entre
d'Artagnan et Cyrano de Bergerac - ce qui relativise, là
encore, les ambitions «historiques» de l'ouvrage.
Agréablement écrit, ce roman ne présente
donc aucun intérêt. A une exception près: les nombreuses
illustrations, en couleurs ou en noir et blanc, qui ne
manquent pas de charme.
Extrait du chapitre 6 Le siège d'Arras
Les bombes surtout étaient
redoutées. C'étaient des sphères de fonte emplies de
poudre et munies d'une mèche qu'on allumait au départ.
Cette mèche brûlait rapidement, mettait le feu à la
poudre qui faisait explosion et projetait au loin des
morceaux de fonte brisée, provoquant des blessures
difficiles à guérir. Un jour que d'Artagnan et Cyrano,
escortés de quelques hommes, observaient de loin les
positions ennemies, un de ces projectiles tomba presque
à leurs pieds. Il y eut un sauve-qui-peut général autour
d'eux, seule tactique à adopter en pareil cas.
Bondissant pour se mettre à l'abri, Cyrano de Bergerac
glissa dans la boue et s'étala de tout son long à
quelques pas de la bombe, dont la mèche allumée n'était
déjà plus qu'un imperceptible point blanc.
D'Artagnan bondit par-dessus le corps de son camarade
et saisit la bombe à pleines mains, au risque d'être
déchiqueté par l'explosion. Il eut le temps d'arracher
le mince fragment de cordeau enflammé qui dépassait de
l'engin. Une demi-seconde de plus, et c'eût été trop
tard, mais cette demi-seconde avait suffi: la bombe
était rendue inoffensive. Le jeune homme la laissa
retomber lourdement sur le sol, essuya son front trempé
de sueur.
Cyrano s'était relevé. Malgré sa bravoure, il avait
pâli et son grand nez était tout blanc.
- Sans vous... commença-t-il.
- Je vous devais bien cette revanche, lui dit
d'Artagnan, et vous avez eu mille fois plus de mérite à
m'arracher des mains des Espagnols.
- Mais le combat vous laissait au moins une chance,
tandis que ce geste généreux que vous venez de faire
vous condamnait sans merci!
- Quoi qu'il en soit, la place n'est pas favorable aux
conversations, observa d'Artagnan. Je crois qu'on nous
vise...
Un nouveau projectile était tombé un peu plus loin; il
éclata avec un bruit de tonnerre, faisant siffler à
leurs oreilles des morceaux de fonte, des pierres et des
mottes de terre. Ils revinrent en toute hâte vers les
retranchements, car la canonnade avait repris, très
violente de part et d'autre. Au moment où ils allaient
se séparer, un aide de camp les appela:
- L'ordre a été donné de se tenir prêt pour l'assaut,
leur dit-il. Comme il est d'usage, c'est aux gardes que
revient l'honneur d'ouvrir la tranchée. M. des Essarts
en a été prévenu: il vous attend...
-- Enfin! soupirèrent ensemble les deux jeunes gens, ce
n'est pas trop tôt. On commençait à s'ennuyer ferme dans
ces fossés boueux...
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