Sang de d’Artagnan
Jehan Lebas
127 pages Les Editions de Lutèce - 1952 - France Roman
Intérêt: *
Ce mince volume publié dans la collection "De cape et
d'épée - de l'Aventure, du Panache, de l'Amour!" est
l'exemple type d'une utilisation purement opportuniste
du mythe d'Artagnan pour faire vendre un livre. Le récit
en question n'a en effet aucun rapport avec le plus
célèbre des mousquetaires.
Ce récit de cape et
d'épée parfaitement banal se passe durant les dernières
années du règne de Louis XIV, c'est à dire longtemps
après la mort de d'Artagnan.
Il conte, de façon d'ailleurs assez agréable, les
aventures de Philippe de Laboise, jeune gentilhomme venu
de sa province pour devenir garde du Roi et faire
fortune à Paris. Il lui arrive bien sûr toutes sortes
d'aventures et il lui faut disputer à un infâme chef de
bande la belle jeune fille dont il est tombé amoureux au
premier regard.
Les qualités intrinsèques du récit étant sans nul doute
insuffisantes pour en assurer le succès commercial,
l'auteur a eu l'idée géniale de faire de son héros… le
petit neveu de d'Artagnan. Généalogie à l'appui
(Philippe est le petit-fils de la sœur du mousquetaire),
le jeune homme explique au début du livre son lien de
parenté avec le héros, après quoi il n'en sera plus
question. Mais cette trouvaille permet de faire figurer
le nom de d'Artagnan dans le titre: le tour est joué!
Extrait du chapitre 1 Triste entrée dans Paris
(Philippe) voulut pourtant faire une tentative. Il
s'approcha des archers et déclara:
- Je dois me rendre chez M. de la Baillarde. On m'a volé
mes papiers.
Il conta sa mésaventure, mais les archers, sceptiques,
secouèrent la tête.
- On nous fait entendre bien d'autres histoires, dit
l'un d'eux. S'il fallait tout croire...
L'exempt se montra inflexible.
- Et dire que je suis le petit-neveu du Capitaine
d'Artagnan! s'écria Philippe, et petit cousin de M.
d'Ambure.
Les autres se regardèrent. Ils étaient visiblement émus.
- Prouvez-nous la chose, dit l'exempt.
Philippe tira de son gousset une miniature.
- Le voleur ne l'a point trouvée, dit-il. M. d'Artagnan
avait une sœur, restée au pays, une adorable fille
prénommée Anne-Marie. Elle a épousé un monsieur de
Laboise. Sachez que leur fils unique, Hugues de Laboise,
est mon père. Il vit toujours à Saint-Junien, en son
château un peu branlant.
L'exempt était fort embarrassé.
Les deux hauts personnages dont se recommandait le
voyageur pourraient se fâcher en apprenant que Philippe
avait été refoulé. On décida d'envoyer un archer porteur
d'un message jusqu'en l'hôtel de M. d'Ambure.
Philippe, de qui la bonne mine plaisait, fut invité à
vider un gobelet avec les archers, leur parla longuement
du grand-oncle d'Artagnan, si bien que le temps passa
vite. La matinée était déjà fort avancée lorsque
l'archer revint avec l'ordre de laisser passer M. de
Laboise.
- C'est égal, s'écria celui-ci, je retrouverai le
coquin, dussé-je remuer tout Paris!
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