L’épée de d’Artagnan
Henri Vernes
45 pages Editions Ananké - 2003 - Belgique Nouvelle
Intérêt: *
Cela devait arriver: ayant vécu près de 200 aventures
réparties sur une période de 50 ans, Bob Morane,
chevalier des temps modernes, a rendu hommage à son
modèle historique, d’Artagnan.
Le début de ce court récit, publié
en complément d’un Dictionnaire des personnages
(recensant tous les personnages qui apparaissent dans
les nombreux volumes consacrés au héros), voit Bob
Morane sollicité par un ami historien pour présider une
exposition consacrée à d’Artagnan, qui se tient à
Sarlat. Pièce maîtresse de la manifestation: la
fabuleuse épée réalisée à la demande de Louis XIV à la
mort de son mousquetaire préféré pour honorer sa
mémoire, et qu’il avait offerte à la famille de
d’Artagnan.
Montré en public pour la première fois, cet objet
inestimable est volé dès la nuit suivant l’inauguration.
Bob Morane mène l’enquête en commençant par les
archives locales. De fil en aiguille, il en arrive à la
conclusion que le vol de l’épée a été commandité par le
descendant d’un seigneur local qu’une violente rivalité
avait opposé au mousquetaire. Ce dernier l’avait
emporté, et le seigneur avait vu son château brûlé par
les soldats de Louis XIV. Un affront que son lointain
descendant a donc voulu venger.
Bob Morane trouve alors un repaire caché dans les
ruines du château, qui a été restauré en secret, et
récupère bien sûr l’épée après avoir affronté divers
affreux.
Comparé aux nombreuses autres aventures palpitantes du
héros d’Henri Vernes, ce récit est bien mineur, avec une
intrigue qui tient difficilement debout. Il n’en sera
pas moins apprécié des générations qui, depuis 50 ans,
ont suivi avec passion les aventures échevelées de Bob
Morane et de son ami Bill Ballantine (qui n’apparaît pas
dans cette histoire), pour le clin d’œil rendu par le
héros contemporain à son modèle historique.
Car la filiation entre le héros de Dumas et celui de
Vernes est directe: qu’il lutte contre des trafiquants
d’opium ou l’abominable Ombre Jaune, Bob Morane est d’un
courage à toute épreuve, d’une énergie inépuisable et
d’un attachement sans faille à ses amis!
Extrait du chapitre 2
L'inauguration s'était admirablement passée. La salle
d'exposition avait eu du mal à contenir près de trois
cents personnes et Bob Morane s'était senti ému au
moment de couper le ruban. Voir son nom associé à celui
de d'Artagnan ne pouvait le laisser indifférent.
D'autant que, au temps des lectures de sa jeunesse, cet
impétueux Gascon, futur Mousquetaire, avait bercé ses
premiers rêves d'aventure à travers la transposition
qu'Alexandre Dumas en avait faite.
Une fois le ruban coupé, Bob s'était promené dans les
travées et arrêté devant plusieurs vitrines. Il avait
été surpris par celles consacrées aux adaptations
cinématographiques de l'illustre roman. On en comptait
plus d'une centaine, chiffre quasi incroyable. Et la
première remontait à 1898, aux balbutiements du cinéma.
Combien en avait-il vu dans ce lot? Probablement pas
plus d'une demi-douzaine. La seule qui lui fût revenue
en mémoire était celle avec Gene Kelly. Une version
bondissante mais un peu trop hollywoodienne à son goût.
D'autres vitrines proposaient des objets d'époque
évoquant la vie quotidienne d'un mousquetaire en
campagne. Plusieurs mousquets rappelaient qu'ils avaient
donné leur nom à ce célèbre régiment. Ils ressemblaient
à des fusils, et leur précision ne devait pas excéder
les dix mètres. Mais, comme tout le monde. Bob s'était
attardé au centre de la pièce pour contempler le joyau
de l'exposition: l'épée de d'Artagnan. Cette fois
c'était la vraie, Charles de Rouffignac le lui avait
garanti. À première vue, les différences étaient
minimes. Et pourtant de celle-ci se dégageait une
émotion particulière, un plus indéfinissable. S'il avait
considéré la copie comme «magnifique», Bob ne pouvait
que qualifier l'originale de «splendide», au bas mot. Et
puis, le fait de se retrouver face à un objet offert par
le roi Louis XIV à l'un de ses plus courageux guerriers
provoquait en lui un petit pincement au cœur.
|