Mémoires d’Aramis ou l’Anti-journal
Christophe Deshoulières
454 pages Fayard - 1999 - France Roman
Intérêt: 0
Difficile d’imaginer « roman » plus différent
dans sa forme littéraire de ceux de Dumas que celui-ci.
Ces Mémoires d’Aramis tiennent en fait bien
moins du roman que de l’autofiction, tant à la mode ces
dernières années.
Le livre commence certes par des Mémoires
rédigées par Aramis, dans lesquelles il évoque Athos et
Milady. Mais ces Mémoires ne durent… qu’une
page. Leur succède immédiatement L’Anti-journal,
roman de la vie littéraire, où Deshoulières tient
la chronique de l’année de sa vie qui a suivi la
publication de son roman précédent, Madame Faust.
Sur plus de 400 pages, l’auteur évoque ainsi ses
démêlés avec le monde de l’édition, les médias, ses
états d’âme, ses doutes, ses interrogations sur
l’écriture… On comprend qu’il a dû abandonner son projet
initial d’écrire un roman Mémoires d’Aramis,
du fait des interrogations en tout genre que suscitait
en lui le statut d’écrivain auquel l’avait propulsé la
parution du premier roman.
Au milieu des introspections de Deshoulières se glisse
petit à petit la silhouette d’un autre Aramis, non pas
le mousquetaire, mais un éditeur à la recherche d’un bon
livre à publier. Cet Aramis fantomatique envisage en
particulier de faire écrire des suites aux Trois
mousquetaires (voir extrait ci-dessous).
Parfois amusant, quand l’auteur se moque des moeurs du
petit monde de la littérature, souvent très ennuyeux par
son nombrilisme, cet Anti-journal n’a, on s’en
doute, pas grand-chose pour intéresser les amoureux des
romans de Dumas.
Extrait
Au lieu du mercredi 16 mai 1990
Pauvre, pauvre éditeur sans histoire!
Pour donner le change, Aramis commande des remakes
des Trois Mousquetaires à un nombre croissant
d'écrivains, tous plus hypocrites et intéressés les uns
que les autres...
(…)
.
« Et du côté du théâtre? hasarde Armand.
- Pourquoi pas? On ne sait jamais...
- Surtout qu'aujourd'hui, les textes sont souvent
inédits.
- Tu sais, j'ai joué dans une adaptation théâtrale des
Trois Mousquetaires qui a fait le tour du
monde! tonne Bernardo Porto. Vachement sympa. »
Et sur la trace théâtrale des mousquetaires, les trois
amis vont au Théâtre de la Bastille. A l'affiche: une
recréation minimaliste du récit de Dumas intitulée la
Règle de trois.
D'Artagnan est le grand absent d'un spectacle sans
corps, d'une dramaturgie expressément hostile à la
notion de héros comme à tout récit de cape et d'épée...
D'ailleurs, ces accessoires gisent à l'avant-scène et
personne ne viendra les ramasser. Les trois amis du
quatrième mousquetaire appliquent la fameuse «règle»
déductive en s'ingéniant à ne jamais être ensemble tous
les trois sur la scène et ne se disent jamais rien; un
seul mousquetaire (Porthos?) fait de grands moulinets
dans le vide avec son épée, bataillant contre un ennemi
imaginaire dont il ne tente même pas d'accréditer la
fictive présence auprès du public. Pendant toute la
représentation, quand même, «une présence fait
événement»: une boîte de sardines posée sur la paume de
sa main droite, une actrice blonde en costume Louis XIII
demeure immobile au milieu du plateau désert, à peine
animé par les stridences fugitives, crues, de
l'éclairage. Quand un mousquetaire (Athos?) vient la
déshabiller avant de l'enfermer nue dans un cercueil,
les spectateurs reconnaissent Milady. Evidemment, le
spectacle dure cinq heures (sans entracte).
Qui n'a jamais mis les pieds dans un théâtre ne peut
savoir ce qu'est vraiment l'ennui. Les trois amis se
tirent avant la fin...
Dans le programme qu'Aramis jette dans le caniveau, le
metteur en scène explique:
Le théâtre est un tombeau où les vivants jouent à être
morts et où les répliques des morts hantent
les vivants.
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