Apothéose de M. A. Dumas A la suite de la première représentation de la Reine Margot!
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4 pages Imprimerie de Lacour et Cie - 1847 - France Humour - Chanson
Intérêt: **
Cette curieuse chanson a été publiée en 1847 au sommet
de la gloire de Dumas, à l’occasion de la représentation
de sa version théâtrale de La reine Margot en
son Théâtre-Historique. Selon François Rahier, grand
spécialiste du théâtre dumasien, il s’agissait
probablement d’un «texte de chansonnier, sans doute
chanté dans les rues et repris en chœur par les badauds
auxquels on vendait la feuille».
Le texte s’inspire d’une chanson
de Béranger Saint-Esprit, descends, descends
jusqu’en bas et en reprend l’air. Dans celle-ci,
le Saint-Esprit refuse de descendre sur Terre pour
inspirer les dirigeants politiques et financiers de la
France de 1847. L’Apothéose de M. Dumas
renverse l’argument: là, c’est l’écrivain qui refuse de
monter au ciel.
Suite au triomphe de la pièce La reine Margot,
le «démon du mélodrame» exhorte en effet avec insistance
Dumas: «monte au ciel, mon fils, il te tend les bras».
Arguments du démon: le succès de Dumas fait de lui un
saint, sa place est donc au ciel; il est bien plus
«immortel» que les Quarante de l’Académie française;
Napoléon et Corneille l’attendent… Bref, «le ciel est
triste et tes romans ma foi pourront bien égayer Saint
Pierre!». Mais à chaque argument Dumas répond «non, je
n’y monte pas».
L’écrivain justifie son refus dans les deux dernières
lignes de la chanson:
«Je suis, dit Dumas, en de vilains draps
Je descends… Ainsi je ne monte pas.»
Une explication plutôt obscure. L’allusion à ces
«vilains draps» et à la «descente» de l’écrivain n’a pas
de signification évidente. François Rahier avance
l’hypothèse suivante: il y aurait «un rapport avec la
situation de Dumas en cette année 1847, ses
atermoiements politiques en particulier. Il descend (il
refuse certaines anciennes compromissions), donc il est
dans de vilains draps (en délicatesse avec le pouvoir),
et donc il ne monte pas (allusion à des perspectives de
carrière compromises?)».
Quelle que soit la signification exacte de ces lignes,
l’auteur s’est montré bon prophète. Dans les années
suivantes, Dumas ne va pas cesser de «descendre»:
faillite du Théâtre-Historique, accumulation des
poursuites pour dettes, saisie du château de
Monte-Cristo, exil à Bruxelles pour fuir ses créanciers…
Le texte de la chanson est en tout cas amusant. Il
alterne hommages sincères à l’écrivain, en saluant par
exemple le tour de force d’avoir réussi à obtenir le
silence de trois mille spectateurs jusqu’à quatre heures
du matin, et commentaires moqueurs: si l’écrivain
réussit à donner «jusqu’à quatre-vingt volumes en douze
mois», c’est parce qu’il fait «à la fois manœuvrer
jusqu’à dix plumes»…
Merci à François Rahier de m'avoir
signalé ce texte.
Extraits
(deuxième couplet)
— Sans exciter leurs clameurs,
Ni lasser leur patience
De trois mille spectateurs
Quand on obtint le silence
Jusqu'à quatre heures du matin;
On est un saint… même un très grand saint
Je te canonise d'avance;
Monte au ciel, mon fils; il te tend les bras:
Le ciel est vilain... tu l'ennobliras.»
—Non répond Dumas, je n'y monte pas.
(…)
(cinquième couplet)
— Quand on donne en douze mois
Jusqu'à quatre-vingts volumes,
Quand on peut faire à la fois
Manœuvrer jusqu'à dix plumes,
Oui, l'on est bien en vérité
Digne du brevet d'immortalité,
Il faut qu'enfin tu te résumes.
Corneille t'attend, tu le rejoindras.
Monte au ciel, mon fils, il te tend les bras.»
— Non répond Dumas, je n'y monte pas.
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