De mousquet et de vent
Nicolas Martel
202 pages CreateSpace Independent Publishing Platform - 2015 - France Roman
Intérêt: **
Ce petit roman publié par son auteur sur le service
d’auto publication d’Amazon revendique son statut de
pastiche des Trois mousquetaires. Le héros
s’appelle Balthazar de Par là Bas, le récit se passe
pendant le règne du roi Louis Machin dont le Premier
ministre est le cardinal Bidule. Quant au capitaine des
mousquetaires, il s’appelle tout simplement Alexandre
Dumas.
Balthazar est un cadet qui
arrive à Paris pour faire fortune, monté sur un étrange
cheval, avec pour tout avoir quelques pièces de monnaie
et une lettre de recommandation destinée à Alexandre
Dumas, donc. Mais ces similitudes ne doivent pas faire
croire que le jeune homme n’est autre que d’Artagnan
lui-même. Balthazar présente une grande différence avec
son modèle : prenant très au sérieux l’appellation
de « mousquetaire », il consacre au mousquet
toute l’attention que le héros de Dumas porte à son
épée. Le cadet a même mis au point un modèle unique et
perfectionné de mousquet, affectueusement baptisé
Adélaïde, avec lequel il est devenu tireur d’élite. Et
comme il prise par dessus tout l’efficacité, il ne
s’encombre pas de scrupule dans ses duels : pendant
que ses adversaires s’emploient à dégainer leur épée, il
leur loge une balle en plein front, sa spécialité.
Lors de son arrivée à Paris, dans l’hôtel d’Alexandre
Dumas, il se retrouve avec des duels sur les bras.
Histoire connue… sauf que Balthazar expédie en quelques
minutes à coups de mousquet Athos, Porthos, Aramis et
d’Artagnan (voir extrait ci-dessous) !
Après des débuts aussi fracassants, le jeune homme est
embauché par le capitaine Dumas comme tueur à gages. Son
extrême habileté et sa totale absence d’états d’âme en
font un instrument précieux : il assassine dans les
rues, à distance et sans être vu, les cibles qu’on lui
désigne comme ennemies de l’Etat. Au point que tout
Paris s’affole bientôt de ce que l’on appelle « la
mort qui vole ».
L’histoire se complique rapidement. Balthazar se trouve
confronté à un vaste complot qu’il cherche à élucider
avec l’aide d’une espionne nommée Miladie et d’un
journaliste d’investigation avant l’heure. Le récit se
déroule dans une sorte de trame historique parallèle. On
croit comprendre que la reine est disgraciée, n’ayant pu
produire ses ferrets quand il aurait fallu – ce qui a sa
logique puisque d’Artagnan et les trois mousquetaires
ont été tués prématurément. Les complots rappellent la
Fronde en mieux, si l’on peut dire.
Plein d’invention et d’humour, le roman est servi par
une écriture enlevée, curieux mélange de langue
littéraire et d’expression populaire. Bref, un excellent
livre qui mériterait bien d’être publié par une maison
d’édition.
Extrait du chapitre 2 Où il s’avère que
les Cadets de Par là Bas ne sont pas une espèce rare
sur le pavé parisien
« A droite, à gauche, tu parles. » Pas fichu de trouver
une rue droite, un numéro quelconque. Vingt minutes
qu’il patauge dans la fange, et il commence à en avoir
plein la soupière de Paris 1a Grande. Où peut être ce
sacrédié de jardin du Pot de Fer ? A dix contre un, il
est en retard pour son duel. Il n’aurait pas dû manger
avant de partir, ça le rend lourd, pas l’idéal pour ce
genre d’activité. Enfin à droite, une percée plus ou
moins végétale. Ce doit être ça. Au milieu de trois
autres, il aperçoit son courroucé, la joue encore
tuméfiée de sa rencontre avec Adélaïde. Il semble prêt,
la veste tombée, l’arme en garde.
Il s’avance plein d’excuse.
- Désolé messieurs, le chemin ne m’était pas connu.
J’arrive de ma province.
- Peu importe, l’essentiel est que vous fussiez là.
Avez vous des témoins ?
- Des témoins ?
On a besoin de témoins pour envoyer un importun ad
patres, désormais ? Balthazar est surpris, il ne le
montre pas.
- Qu’importe encore, voici deux amis et un déplaisant
que je dois occire après vous, ils nous assisterons. Je
propose que l’on s’y mette tout de suite, une ronde peut
toujours arriver. La milice veille.
La milice en question, c’est la police privée du
cardinal Bidule, qui vérifie si la loi anti-duel qu’il a
promulgué est bien appliquée. La peine pour les
contrevenants peut être terrible. Le cardinal Bidule
n’est pas très aimé par les Mousquetaires.
- Je suis à vous monsieur.
Les assistants n’ont pas le temps de lancer l’assaut,
que l’adversaire de Balthazar s’écroule un trou rouge au
front. Les témoins stupéfiés se ruent sur le corps.
L’autopsie est sans appel : il est bel et bien défunté.
Fin du Duel. Etait-ce conforme aux lois du genre ? Ils
commencent à se poser la question les témoins du drame.
Balthazar recharge et ajuste une mèche courte.
- Monsieur, ce que vous venez de faire est une offense
aux règles de l’honneur et j’en demande réparation, sur
le corps de mon ami, fait l’un d’eux.
- Je ne peux que vous donner raison monsieur, il faut
s’en résoudre au duel.
Nouveau coup de gueule d’Adélaïde, l’homme rejoint les
causes de son combat sur le sol, en raison des mêmes
symptômes. Le troisième se passe alors de formule de
politesse et se rue sur Balthazar en dégainant sa
rapière. Il est fauché en plein vol. Cette fois le tir
est moins précis, il lui a perforé l’œil. Posément
Balthazar recharge : mèche longue.
- L’ami, tu ne peux faire moins. Avant de t’envoyer
vers un monde meilleur, j’aimerais connaître le nom de
ces trois hommes. Je parlerais d’eux en bien.
L’autre n’esquisse même pas un geste vers la garde de
son épée. Il est trop estomaqué pour avoir la moindre
réaction.
- Athos, Portos et Aramis. Moi même je suis d’Artagnan,
cadet de...
Ce sont ses derniers mots. La mèche arrive en bout de
course, sa tête explose. Et de quatre.
« Athos, Portos, Aramis et D’Artagnan, il était
écrit que vous ne connaîtriez pas la gloire. Paix à vos
âmes.» L’hommage rendu, il part sans avoir vu cette
omniprésente milice cardinale.
« Allez hop, au boulot. »
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