Money
Paul-Loup Sulitzer
352 pages 1980 - France Roman
Intérêt: 0
Ce premier roman d’un auteur qui allait par la suite
produire une longue série de best-sellers s’inspire
explicitement du Comte de Monte-Cristo.
L’histoire
est celle de Franz Cimballi, jeune homme qui, à la mort
de son père, découvre que la considérable fortune de
celui-ci a disparu, détournée par le banquier suisse qui
conseillait son père, et les collaborateurs de ce
dernier. Il décide alors de se venger, ce qui suppose
d’abord de faire lui même fortune pour lutter contre ces
hommes d’affaires tous plus riches les uns que les
autres.
Faire fortune ne pose aucun problème à ce jeune homme
doué. Démarrant sans un sou, il commence par faire du
trafic de devises au Kenya. Il enchaîne sur le négoce de
gadgets de Hong Kong puis devient l’intermédiaire d’un
homme d’affaires chargé des intérêts de la Chine
communiste (nous sommes en 1969). Ce qui lui permet
d’amasser des sommes colossales en profitant des
opérations financières secrètes de la Chine.
Fortune faite – cela lui a pris un an ou deux – Franz
engage un détective privé pour décortiquer les montages
financiers qui ont été utilisés pour détourner la
fortune familiale et identifier les responsables. Il
entreprend alors de se venger des uns et des autres en
les ruinant.
Pour ce faire, il utilise toutes sortes de procédés. Il
rachète les dettes d’un homme d’affaires qui ne peut les
honorer et le pousse à la faillite. Deux de ses ennemis
ayant de très gros intérêts au Chili, il paye la mafia,
pendant la période d’agitation sociale précédant le coup
d’Etat contre Allende, pour que leurs entreprises soient
paralysées par les grèves et s’effondrent. Contre son
principal ennemi, le banquier, il monte une machination
qui pousse celui-ci à lancer une OPA qui dépasse ses
moyens et le ruine.
Toutes ces manigances évoquent bien sûr directement les
intrigues du Comte de Monte-Cristo. C’est
d’ailleurs sous ce nom («Monte-Cristo») que Franz se
présente à son détective privé. Et dans le cours de ses
aventures, il lit le roman de Dumas «puisqu’il faut bien
imiter quelqu’un» (sic).
Mais il s’agit là d’une imitation superficielle et
navrante. Les machinations de Franz sont expédiées en
quelques pages, sans jamais acquérir la crédibilité de
celles de Dumas. D’autant que la dimension psychologique
des pièges, essentielle dans Le comte de
Monte-Cristo, est là totalement absente: les
adversaires de Franz sont des ectoplasmes dont on ne
sait quasiment rien.
Le héros du livre n’est lui aussi qu’un pâle reflet
d’Edmond Dantès. Les terribles épreuves qui transforment
ce dernier se résument ici à la perte de la fortune
familiale dans les premières pages du livre. Franz n’a
rien non plus de l’innocence originelle de Dantès. La
fortune qu’il édifie en un temps record repose sur des
trafics en tous genres et l’alliance avec des gens fort
peu recommandables. Si bien que le héros n’apparaît pas
beaucoup plus sympathique que ses ennemis.
Le livre, qui a eu un énorme succès, se lit certes
facilement. Mais il s’agit du prototype du thriller
industriel dont il ne reste rien une fois la dernière
page refermée.
Extrait de la 2ème partie Opération dragon d’argent,
chapitre 7
Et puis, il y a la liste. J'ai joué avec elle,
consacrant des heures et des heures à la lire, à la
relire, à apprendre par cœur «jusqu'à la nausée» les
informations qu'elle contient. Elle se grave dans la
rage froide qui m'envahit. À travers elle, je me fais
une idée plus exacte de ce qu'était l'empire de mon
père. J'ai donné à chacun, comme l'a fait Lavater, un
numéro d'ordre. En Un, très largement en tête, Martin
Yahl à Genève; en Deux, l'oncle Giancarlo, l'Imbécile,
frère aîné de mon père, professeur d'anglais à
l'origine, aujourd'hui rentier, habitant Lugano, qui ne
vaut pas plus que Yahl; en Trois, Alvin Bremer, dont le
nom m'est vaguement familier, qui a dû autrefois venir
en vacances à Saint-Tropez, et qui a pour adresse une
luxueuse résidence sur les bords du lac Michigan, à
Chicago, non loin du campus de la Loyola University, et
annoncé comme président d'une société de ciment et
matériaux de construction au capital de vingt millions
de dollars; en Quatre et Cinq (ils sont associés), un
certain John Hovius, de nationalité argentine et un
Écossais de Glasgow appelé James Donaldson; les deux
hommes ont de gros intérêts en Amérique latine, surtout
au Chili, ils sont liés à la Banque Yahl par un réseau
subtil de sociétés, subtil mais réel; en Six, un
Californien du nom de Sidney H. Lamm promoteur
immobilier à San Francisco.
Le septième homme enfin est français; il s'appelle
Henri-Georges Landau, il habite Paris, appartement dans
le XVIe arrondissement, biens immobiliers et
propriétaire d'une grosse brasserie sur les
Champs-Elysées.
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