El conde de Monte-Cristo Drama en tres actos precedido de un prólogo
Francisco Luis de Retes Victor Balaguer
31 pages Señora Viuda é Hijos de Mayol - 1849 - Espagne Pièce de thêatre
Intérêt: 0
Cette pièce de théâtre présente comme principal intérêt
d’être l’une des toutes premières adaptations du Comte
de Monte-Cristo à la scène (après celles de Canonge
en 1846 et de Bugamelli en 1847). Elle
est le résultat d’un travail opéré en trois étapes.
L’homme de lettres catalan Victor Balaguer (1824-1901),
déjà auteur en 1846 d’une traduction en espagnol du roman
de Dumas Le comte de Monte-Cristo, s’est vu
demander en 1848 de traduire, avec son confrère Francisco
Luis de Retes, la version théâtrale que venaient de sortir
Alexandre Dumas et Auguste Maquet.
Petit
rappel chronologique: au vu de l’immense succès de leur
roman, les deux écrivains français avaient décidé d’en
faire une version théâtrale. Mais la longueur du livre
était telle qu’ils choisirent de l’adapter sous forme de
quatre pièces successives: Monte-Cristo, première
partie; Monte-Cristo, deuxième partie; Le
comte de Morcerf; Villefort. Les deux
premières pièces furent jouées pour la première fois les 3
et 4 février 1848 et publiées dans la foulée. Mais par
suite de diverses circonstances, les deux dernières ne
furent représentées qu’en avril et mai 1851 et publiées
aussitôt après (pour plus de détails, voir l’article
de François Rahier sur dumaspere.com).
La première étape du travail de Balaguer et Retes a donc
consisté à traduire les deux premières pièces de Dumas et
Maquet pour qu’elles puissent être représentées dès le
mois d’août 1848 au Gran Teatro del Liceo de Barcelone.
Les deux pièces, combinées en une seule, ont été jouées et
publiées sous l’intitulé « El conde de
Monte-Cristo (Primera parte), drame en
quatre actes écrit en français par A. Dumas et A. Maquet,
adapté au théâtre espagnol par Francisco Luis de Retes et
Victor Balaguer ». L’œuvre était donc fort
logiquement signée de ses auteurs français, avec mention
des traducteurs espagnols.
Elle se présente comme une traduction sérieusement
condensée mais assez proche du texte français. Condensée:
un processus inévitable puisque la version espagnole
devait être jouée en une soirée et non pas deux. Assez
fidèle: on retrouve de grands passages traduits
littéralement.
Le
travail des deux auteurs espagnols ne s’est pas arrêté là.
« Le drame français étant incomplet », le
directeur du théâtre leur a demandé de donner
immédiatement une suite sous forme de deuxième pièce
couvrant la fin du roman. La version de Dumas et Maquet
n’étant pas encore sortie, il leur a fallu composer la
leur. Cette pièce inédite, deuxième étape de leur travail,
a été publiée sous l’intitulé: « El conde de
Monte-Cristo (Segunda parte), drame en trois
actes précédés d’un prologue, œuvre originale de Victor
Balaguer et Francisco Luis de Retes ». Les deux
pièces ont donc pu être jouées simultanément en août 1848
au Gran Teatro del Liceo. S’agissant d’une adaptation
imaginée par Balaguer et Retes, cette « seconde
partie » est évidemment complètement différente
des deux pièces ultérieures de Dumas et Maquet, Le
comte de Morcerf et Villefort.
Les trois pièces de Balaguer et
Retes
1 - El conde de Monte-Cristo (Primera
parte)
Drama en cuatro actos, escrito en francès
Por A. Dumas y A. Maquet
Primera parte
Arreglada al teatro español
Por D. Francisco Luis de Retes y D. Victor
Balaguer
Representado por primera vez en Barcelona en el
Gran Teatro del Liceo en el mes de Agosto de 1848
Barcelona
Imprenta y librería de la Señora Viuda é Hijos de
Mayol, Editores
1848
2 - El conde de Monte-Cristo (Segunda
parte)
Drama en tres actos precedido de un prólogo
Original de D. Victor Balaguer y D. Francisco Luis
de Retes
Representado por primera vez en Barcelona en el
Gran Teatro del Liceo en el mes de Agosto de 1848
Barcelona
Imprenta y librería de la Señora Viuda é Hijos de
Mayol, Editores
1848
28 pages
3 - El conde de Monte-Cristo
Drama en tres actos precedido de un prólogo
Arreglado sobre la novela que con el mismo titulo
escribió Alejandro Dumas
por los SS. D. V. Balaguer y D. F. L. de Retes
Teatro Principal
Imprenta y librería de la Señora Viuda é Hijos de
Mayol, Editores
1849
31 pages
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La
troisième et dernière étape du travail des deux Espagnols
est intervenue un an plus tard, en 1849, quand le Teatro
Principal de Barcelone leur a demandé de monter une
nouvelle version de Monte-Cristo. Dans un
avertissement publié en tête de cette troisième pièce, les
deux auteurs expliquent que, en dépit du succès remporté
par leurs pièces de 1848, celles-ci comportaient certains
défauts et en particulier le fait « de devoir être
représentées en deux soirées différentes », ce
qui nuisait à l’intérêt qu’elles pouvaient susciter chez
le spectateur. D’où une décision radicale: transformer les
quatre actes de la première pièce de 1848 tirée de
Dumas et Maquet en un simple prologue placé avant leur
deuxième pièce de l’année précédente. De ce fait, cette
version de 1849 devenait une œuvre due intégralement à
leur plume. Elle fut donc publiée sous l’intitulé: « El
conde de Monte-Cristo, drame en trois actes précédés
d’un prologue, d’après le roman du même titre écrit par
Alexandre Dumas, par V. Balaguer et F. L. de Retes ».
Le résultat, selon les auteurs, donnait une œuvre « plus
rentable pour les théâtres et plus pratique pour le
public ». Quitte à ce que, comme ils l’écrivent
drôlement, « de l’œuvre de Dumas, on peut
quasiment dire qu’il ne reste que le titre »!
Les deux hommes de lettres expliquent qu’ils ont réduit le
roman à l’état de squelette avant de le regarnir de
nouveau de la meilleure façon possible « avec une
audace qui nous étonne nous-mêmes ». Bien sûr,
reconnaissent-ils, notre travail « sera sans aucun
doute bien faible comparé à celui du Napoléon de la
littérature » mais c’était la seule solution
pour faire entrer « les dimensions colossales »
du roman dans le cadre d’un simple drame.
La nouveauté de cette pièce de 1849 tient donc au
prologue. Celui-ci expédie en quelques scènes le début du
roman, à savoir le complot de Danglars et Fernand contre
Edmond Dantès, l’arrestation de ce dernier, sa
confrontation avec Villefort. Ni le château d’If ni, a
fortiori, l’évasion de Dantès et la découverte du trésor
n’y figurent. Pour ce qui est de la pièce en trois actes
qui suit, elle est rigoureusement identique à la « seconde
partie » écrite par les auteurs un an plus tôt.
Cette pièce est consacrée exclusivement à la vengeance et
commence dans les salons du comte de Monte-Cristo à Paris.
Comme toutes les pièces qui tentent de présenter le roman
de Dumas en une soirée, elle simplifie monstrueusement
l’intrigue. Le meilleur exemple tient au sort réservé à
Villefort. En une scène de sept lignes, il se trouve
confronté à Bertuccio qui lui rappelle l’ancienne vendetta
déclarée contre lui et le tue. Exit Villefort… Une
opération très rentable qui permet d’éliminer de la pièce
les personnages de Benedetto, Noirtier, Mme de Villefort,
Valentine, etc. Autre modification importante: le déroulé
chronologique de l’action. Dans le roman, Monte-Cristo
commence par récompenser les bons (l’armateur Morel) bien
avant de punir les méchants. Là, c’est le contraire, ce
qui permet de terminer la pièce sur le happy-end de
l’armateur sauvé de la faillite.
Cette version théâtrale, autrement dit, n’offre aucun
intérêt. Même une jolie scène où Mercédès, comtesse de
Morcerf, rencontre l’armateur Morel à Paris et lui demande
s’il a reçu des nouvelles d’Edmond Dantès, dont ils sont
les deux seuls à se souvenir, vient directement de la
pièce écrite par Dumas et Maquet (voir extrait
ci-dessous). Détail intéressant: la pièce, on l’a dit, est
la reproduction exacte de la deuxième de 1848. Mais elle
est suivie d’une note dans laquelle il est instamment
demandé aux metteurs en scène qui voudraient la monter
d’ajouter deux scènes dont le texte est alors fourni: on y
raconte l’emprisonnement de Dantès au château d’If, sa
rencontre avec Faria et sa découverte du trésor. Des
éléments pas tout à fait secondaires dont les auteurs se
sont manifestement rendus compte après coup qu’ils les
avaient complètement oubliés!
Dernière remarque: l’affirmation des auteurs espagnols
selon laquelle « de l’œuvre de Dumas, on peut
quasiment dire qu’il ne reste que le titre »
dans leur pièce est largement fausse. Même très déformée,
simplifiée et raccourcie, leur version de Monte-Cristo
reprend les grandes lignes du roman.
Merci à Mihai-Bogdan
Ciuca de m'avoir signalé ce texte.
Extrait de l’Acte II, scène 2
MOREL. Os confieso, señora, que he tenido una gran
satisfacción en volver á ver antes de partir nuevamente á
Marsella, á la Mercedes que tan buenos recuerdos había
dejado en mi memoria.
MERCEDES. (tristemente) Acabáis de pronunciar la
palabra Marsella, y esta palabra trae á mi memoria el
recuerdo de otras personas que he conocido... en esa
ciudad.
MOR. Sí, comprendo, os acordais de...
MERC. Dispensadme, señor Morel. Habiendo sido para mí
demasiado indulgente como amante, no me juzguéis demasiado
severamente como mujer.
MOR. Os juzgaría severamente, por el contrario, señora, si
hubierais olvidado.
MERC. No, no; no he olvidado, señor Morel, no! y ahora os
confesaré una cosa, y es que mi deseo al pediros una
entrevista…
MOR. Sí, sí, comprendo.
MERC. Y bien?
MOR. Ah! señora...
MERC. Ninguna nueva?
MOR. Ninguna.
MERC. Y no ha vuelto á comparecer en Marsella?
MOR. Nadie le ha visto.
MERC. Y sin embargo, no hace muchos días, en la ópera...
fue una fascinación... fue un sueño... No, no, no puede
ser.
MOR. Qué decís, señora?
MERC. Escuchad, señor Morel; yo no puedo acostumbrarme á
la idea de que el pobre Edmundo haya muerto: Dios me es
testigo, sin embargo, de que si le hubiera creído vivo,
nada en el mundo me hubiera determinado á ser la esposa de
otro. Quería deciros, que si algún dia llegáis á saber que
ambos hemos sido engañados... que si llegara un dia en que
compareciese en Marsella, ó que vos supieseis en fin que
existía en un lugar cualquiera del mundo... cuento con
vos, señor Morel, para escribirme esta única palabra:
« vive. »
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